Le gouvernement a décidé de déménager la gestion et le contrôle des finances de l'Etat du ministère des Finances au ministère de la Bonne Gouvernance. Cela serait le reflet fidèle de la politique de la bonne gouvernance inaugurée au lendemain des Accords d'Arusha. Toute politique s'exprime en bonne partie par des budgets. Le FMI vient de nous révéler les statistiques du Burundi de l'année 2005 et des annés antérieures. Chacun pourra se dire si réellement la bonne gouvernance est au rendez au Burundi. Nous avions eu l'occasion d'en débattre l'année passée a partir des données antérieures à 2003. Lire: Des iniquités sociales
Nous avons ci-après les budgets de certains ministères pour l'année 2005 en millions de FBU. Comme vous le voyez, ils sont classés dans l'ordre de grandeur. En guise de comparaison nous en présentons d'autres qui sont de grandeur modeste.
Ministère de la Défense: 18457
Ministère de l'Education Nationale: 12848
Ministère des Relations Extérieures: 1573
Ministère de la Santé Publique: 1557
Ministère de la Justice: 1388
Ministère de l'Intérieur et de la Sécurité Publique: 1020
Assemblée Nationale: 755
Ministère des Finances: 576
Présidence de la République: 528
Ministère de l'Agriculture: 262
Ministère des Travaux Publics et de l'Equipement: 177
Ministère de l'Energie et des Mines: 110
Ministère du Commerce et de l'Industrie: 64
Ministère des Transports et des Télécommunications: 28
Ministère des Réformes Institutionnelles: 8
Total des dépenses gouvernementales: 40626
Tout le monde a bien lu que le ministère de la défense était encore l'année passée le favori du gouvernement burundais. Comme tout le monde le constate, ce ministère s'accapare, lui seul, près de la moitié des dépenses de l'Etat. Il est vrai qu'il y avait l'intégration de la guérilla au sein de l'armée, mais il y a eu une rentrée massive de fonds de l'étranger qui aurait permis au gouvernement de créer un équilibre en faveur d'autres ministères. Nous nous étonnons aussi que le ministère de l'agriculture qui occupe 90 % de la population nationale soit oublié du ministre des finances. C'est donc évident que ce ministère ne soit pas arrivé à combattre efficacement les calamités naturelles et les maladies qui ont assailli et assaillent encore les différentes plantes. Au moment où partout on parle de l'économie basée sur l'information, le ministère des télécommunications ne semble pas avoir eu les outils nécessaires pour faire face à la musique. Enfin, le Burundi avec sa forte densité démographique devrait avoir commencé à intégrer sa population au secteur manufacturier et tertiaire moderne. De toute évidence, le budget du ministère de l'industrie n'est pas de taille pour être à la hauteur de la besogne.
Une autre statistique intéressante est celle qui établit la comparaison entre les dépenses militaires et celles destinées à l'enseignement et l'éducation.
Dépenses en % des dépenses totales du gouvernement
2004 2005
Education: 13.4 16.9
Santé 2.2 1.9
Depenses en % des dépenses totales du gouvernement
2004 2005
Salaires des militaires 8.2 7.6
Biens et services 8.8 9.3
Total des dépenses militaires 17 16.9
En comparant les données de ce dernier tableau à celles des années passées (voir tableau ci-haut "iniquites sociales"), nous constatons que la tendance est toujours la même. D'aucuns pourraient dire même que la situation s'est aggravée. L'effort relatif national en matière de santé publique s'est réduit. Ceci peut expliquer le nombre toujours croissant de citoyens burundais emprisonnés dans leur propre hôpital. La part des dépenses militaires restent toujours les plus élevées par rapport aux autres dépenses, alors que le pouvoir politique est sensé oeuvrer pour la majorité de la population. Ceci devrait être une honte pour toutes les personnes qui détiennent une moindre parcelle du pouvoir.
L'étude fait d'autre révélations intéressantes. Les salariés de l'Etat seraient au nombre de 100000 personnes ce qui serait une très forte proportion en comparaison avec les pays voisins. Parmi ces salariés, 50 % seraient des personnes en uniformes (membre de l'armée et de la police). Toute la masse salariale constituerait 24 % de l'ensemble des dépenses gouvernementales. Le FMI fait des pressions pour que ce pourcentage soit réduit et reste en dessous des 10 % des dépenses gouvernementales en 2006. Un récent recensement fait sur un échantillon de 46000 employés de l'état a révélé que 4000 (8.69 %) étaient des employés fantômes, des employés qui n'existaient pas réellement. L'étude constate aussi que le salaire moyen de ces employés de l'Etat est de 60.00 $us par mois; ce qui est un revenu excessivement bas, selon cette étude.
Cette étude fait un autre constat amer. La balance commerciale a accusé un déficit de 181.8 millions de dollars américains. En excluant les transferts officiels internationaux, ce déficit s'est évalué à 274.3 millions de dollars américains. A cela, il faudrait ajouter le déficit budgétaire. En pourcentage du PIB, ce déficit budgétaire s'éleverait à 8.8 %, mais il serait plutôt de 16.8 % si on exclut les transferts internationaux.
En conclusion, nous pouvons dire, sans risque de nous tromper, qu'au Burundi, la bonne gouvernance n'est qu'une marque de commerce. L'accès à l'école ne s'est guère amélioré alors que celui aux soins de santé s'est même réduit. Les dépenses militaires sont demeurées très élevées alors que le budget destiné à relancer la machine de production est resté ridiculement petit. En attendant les statistiques économiques de 2006, nous anticipons une aggravation de la situation de la bonne gouvernance. Cette aggravation serait crée par le récent putsch fictif, des emprisonnements massifs et arbitraires en cours, le détournement actuel de la production de la Sosumo (Société du sucre du Moso), la fermeture récente du Cotebu(complexe textile du Burundi), le déficit budgétaire, le dévaluation éventuelle du FBU(franc burundais) et une probable réduction des transferts internationaux. Une réelle bonne gouvernance est bien plus que des incantations religieuses comme Mr. Pierre Nkurunziza en fait souvent. Ce sont des actes concrets, bénéfiques pour la majorité de la population, qui se vérifient sur le terrain et qui se réalisent grâce, pour une large part, à des budgets conséquents. Le déménagement de certaines activités du ministère des Finances au ministère de la Bonne Gouvernance n'y changera rien. La situation pourrait s'empirer car ce ministère a toujours eu la réputation d'être un sanctuaire de corruption.
N.B.:
Chez les Français, un million: 1.000.000
Chez les Anglo-Saxons, un million: 1,000,000
Pour exprimer les nombres entiers, j'évite tout le temps d'utiliser les points et les virgules pour ne pas semer la confusion.
Sources: www.imf.org
La rédaction
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