Mise en ligne le 23 Novembre, 2008

Le Burundi ne cesse de s'appauvrir


Dernièrement, M. Bernardin Akitoby du FMI, en visite à Bujumbura, a félicité le pouvoir burundais pour sa bonne gestion économique du pays. Nous vous invitons, vous tous, chers lecteurs, à consulter les données disponibles pour juger du bien-fondé des propos de M. Akitoby. Pour bien illustrer notre discours, nous avons jugé bon de comparer notre pays à ses 4 partenaires au sein de la CAE (Communauté de l’Afrique de l’Est). Les variables choisies pour étude sont: la balance commerciale, le taux d’inflation, le PIB par tête et la balance du budget national.

                            Burundi   Kenya      Rwanda     Ouganda    Tanzanie
                     Année                                                  

PIB/capita           2006...120.4.....661.4.....311.64......333.5......375.68
                     2007...124.9.....779.9.....355.41......381.03.....428.36
                     2008...113.56....890.9.....419.9.......469.26.....518.00
Inflation            2006.....9.3......15.59.....12.16........7.2........6.65
                     2007....14.69.....12.02......6.5.........4.4........6.42
                     2008....23.73.....24.00......15.5........12.5.......8.25
Balance commerciale  2006...-14.5......-2.3.......-7.3........-3.51.....-7.73
                     2007...-16.03.....-3.05......-5.02.......-2.8......-8.90
                     2008...-21.92.....-6.14......-9.28.......-3.35.....-9.70
Croissance du PIB    2007.... 3.9......17.9.......12.3........14.25.....14.02
                     2008....-9.07.....14.2.......18.14.......23.15.....20.92

En matière de commerce international, en 2008, le Burundi affiché un déficit commercial de 21.92 % du PIB, ce qui le place au dernier rang au sein des pays de la CAE. Son score est plus de 6 fois plus mauvais que celui de l’Ouganda qui est le meilleur élève de la communauté dans ce domaine. Même pour 2007, l’Ouganda était le meilleur exemple alors que le Burundi était la pire référence de la région. Le Burundi est le seul pays, dans la région, à afficher un déficit commercial à deux chiffres (double digit). Et puis les importations sont essentiellement constituées de biens de consommation et non d’entrants pour la production.

En matière de prix, en cette année 2008, l’économie burundaise souffre d’un taux d’inflation de 23.73 %. Seule l’économie kenyane, avec son taux d’inflation de 24.0 % a une plus mauvaise performance. Contrairement au Kenya, la conjoncture expliquerait mal la mauvaise performance de l’économie burundaise. Et de fait, même en 2007, le Burundi exhibait le plus haut taux d’inflation de la région. En 2006, néanmoins, il avait assez bien fait puisqu’il avait réussi à maintenir la hausse des prix en dessous des 10 %.

Mais la pire performance du Burundi se retrouve dans la statistique du PIB par tête. Le pays maintient sa production annuelle per capita, en dessous des 150 $us. Pire, il n’avance pas et même recule alors que les autres pays accroissent leur revenu au taux de plus de 10 %.


Finances Publiques du Burundi en millions de FBU

                                            2006                         2007
Dépenses...................................318611.......................393193
Recettes fiscales et dons..................163639.......................185707
Dividendes et dons.........................124002.......................177572
Total des recettes.........................287641.......................363279
Déficit budgétaire.......... ...............30970........................29914
Déficit budgétaire en %. (1)...................10.7..........................8.23
Déficit budgétaire en % (2)....................94.7........................111.72

L’autre statistique qui est éloquente quant à la performance économique du pays est celle des finances publiques. En incluant les dons de toutes sortes et les dividendes dans le revenu de l’état, le Burundi accuse un déficit budgétaire de 8.2 % du revenu de l’état, pour l’année 2007. Seulement, l’état est en train de vendre les actions qu’il détenait dans différentes compagnies. Et puis les dons ne sont pas un revenu fiable à long terme. Si donc nous tenons compte seulement des recettes fiscales et quelques dons prévisibles comme revenu de l’état, nous obtenons un déficit de 111.72 % du revenu de l’état pour l’année 2007. Cela veut dire que l’état est appelé à doubler son revenu en accroissant son taux d’imposition et de taxation. Mais le mieux serait de doubler le PIB, ce qu’apparemment, le pays est loin de vouloir faire.

Conclusion.

De toute évidence, le pays s’appauvrit davantage d’une année à une autre. Il y a bien une crise dans la demeure. Les propos de M. Akitoby ressemblent beaucoup plus à un discours diplomatique qu’à une lecture de la réalité. Pour sortir de la crise, la solution serait de garder le débat vif, aucune idée n’est sotte. Et puis chaque citoyen et l’ensemble de l’élite seraient bien inspirés s’ils créaient et maintenaient une forte pression sur le pouvoir politique pour plus de justice, plus de sécurité et une meilleure gestion de l’état. Nous croyons que le gros du problème est constitué par l’insécurité et la corruption démesurée. Ces éléments seraient le plus grand obstacle à l’investissement et à la croissance économique. Et le parti au pouvoir participe activement à la détérioration de la situation par des arrestations et emprisonnements arbitraires des dirigeants de l'opposition et de la société civile. Les revendications syndicales ont évidemment leurs raisons d’être. Mais les pressions politiques pour un meilleur climat de travail et de débat seraient plus efficaces.


N.B. Déficit budgétaire (1): en tenant compte de toutes les recettes

N.B. Déficit budgétaire (2): en excluant la deuxième source des recettes

N.B. Et puis le % est celui du déficit budgétaire par rapport aux recettes.

PIB per capita est en $us

Balance commerciale: en % du PIB

Sources des chiffres: IMF, BRB, WTO


La rédaction


Copyright @ www.amayagwa.com