Mise en ligne le 10 Janvier, 2008

Quelques éléments de la politique kenyane


L’actualité présente la crise kenyane actuelle comme une rivalité entre les groupes tribaux Luo et Kukuyu. Cela pourrait être le cas. Mais la réalité est assez complexe et il serait mieux de nuancer ce propos. Nous essayons ici d’offrir quelques éléments d’informations sur les tribus principales du Kenya ce qui permettra, nous l’espérons, de faire la part des choses.

Les Kukuyu

Les Kikuyu sont le plus grand groupe ethnique du pays, en terme de population. Ils constitueraient 21 % de la population actuelle du Kenya. Ils auraient été depuis toujours des agriculteurs, mais seraient actuellement des agents très actifs au sein de l’administration publique et dans le monde des affaires (commerce, artisanat et industrie). Leur lange, le Gikuyu appartiendrait à la grande famille des langues bantoues. Dans leurs migrations, les Kikuyu auraient vécu d’abord autour du mont Kilimandjaro avant de s’établir autour du mont Kenya. C’est au cours de cette étape de leur pérégrination qu’ils auraient contracté une alliance avec les Masaï. Cette alliance reste encore solide, si bien que les mariages entre Kikuyu et Masaï sont encore nombreux. Ils se seraient aussi alliés aux Embu, Mbera et Meru, des tribus qui vivent aussi autour du mont Kenya.

Les Kikuyu auraient été la tribu qui a été la plus en contact avec la colonisation, surtout avec la création de la ville Nairobi, située dans leur région tribale. La construction du chemin de fer Mombasa- Kampala aurait été un atout dans l’éveil politique et économique des Kikuyu. Les personnalités importantes kikuyu sont: Jomo Kenyatta (premier chef de l’Etat), Mwai Kibaki (3ème et actuel chef de l’Etat), Mme Wangari Maathai, (Prix Nobel de la Paix), Julius Kariuki (champion olympique sur 3000 m en 1988), John Ngugi (champion olympique sur 5000 m en 1988) Charles Kamathi (champion du monde sur 10 000 m en 2002), l’écrivain Thiango, etc..

Les Luo

Les Luo ou Luwo sont une tribu à cheval entre le Kenya, l’Ouganda et la Tanzanie. Les Luo du Kenya aiment s’appeler eux-mêmes Joluo ou Aka-Jaluo (peuple Luo). Ils formeraient 13 % de la population du Kenya et seraient le troisième groupe ethnique en terme de population. Les Luo du Kenya et de Tanzanie (beaucoup moins nombreux) appelleraient leur langue Dholuo. Tous les Luo, ceux du Kenya, d’Ouganda et de Tanzanie, seraient venus du Nord, du sud Soudan. Ils seraient proches des Dinka, une des plus grandes tribus du sud Soudan. Ils seraient apparentés aux Acholi et Lango en Ouganda, et aux Alur en RDC (République Démocratique du Congo). C’est pourquoi certains ethnologues les appellent Nilotiques ou Nilotiques de l’ouest du fait de leurs origines nordiques, vers l’aval du fleuve Nil. Ils seraient arrivés aux alentours du lac Victoria vers le 15ème siècle. Ils auraient été en contact très tôt avec les peuples bantous, tels que ceux du Bunyoro et du Buganda. Ils auraient alors perdu leurs langues et cultures nilotiques au profit de celles des Bantous. Les personnalités principales des Luo sont: Oginga Odinga qui fut vice-président de la République sous Jomo Kenyatta et qui est le père de Raila Odinga. Il y a eu aussi Tom Mbeya, politicien assassiné en 1969, Robert Ouko, ancien ministre des affaires étrangères, assassiné en 1990. Barack Obama, l’actuel sénateur américain et éventuel locataire de la Maison Blanche serait aussi un Luo. Dans la région, Milton Obote était Lango, alors que Tito Okelo était Acholi, tous les deux, d’anciens chefs-d’Etat ougandais.

Les Luhya

Les Luhya ( Luyia ou Luhia, ou pluriel: Abaluya) sont la deuxième tribu la plus populeuse du Kenya avec 15 % de la population kenyane. Ils seraient proches des Banyoro et auraient été, temporairement, partie intégrante du royaume du Bunyoro. Certains historiens veulent que les Luhya soient venus du Nord comme les Luwo, mais d’autres les rattachent à l’ensemble des groupes bantous. Ces Luhya se seraient établis autour du mont Elgon qui n’était alors qu’une forêt. Ils auraient été en contact avec les Kikuyu, mais aussi les Baganda (du royaume du Buganda). Leur région est la plus fertile et la plus densément peuplée du Kenya. Dans leur culture, le Luhya appelle leur dirigeant le Mwami, (au pluriel Abami) et le dirigeant subalterne s’appelle Likuru (au pluriel: Amakuru). Ils auraient formé un royaume: le Wango qui ressemblait à celui du Buganda. Leur dernier roi s’appelait Moumi qui a été reconnu comme tel par le colonisateur britannique. Les plus grandes personnalités Luhya sont: Le Cardinal Maurice Otungo, Moody Awori ( ancien vice-président de la République ), Musikari Kombo (ministre du gouvernement local et président de Ford-Kenya), Musalia Mudavadi (ancien vice-président de la République), Michael Wamalwa Kijana (ancien vice-président de la République), Amos Wako (Attorney General), Dr. James F. Nabwangu (neurologue et premier africain diplômé de Johns Hopkins Medical School), etc. Au niveau régional, Julius Nyerere, ancien président tanzanien, appartiendrait à un sous-groupe tribal des Luhya.

Autres tribus

Le Kenya compte plusieurs tribus de taille diverse. Certaines sources veulent que le pays en compte 16. Mais plusieurs autres sources affirment qu’il y en a une quarantaine. Chaque tribu peut être subdivisée en sous-groupes, c'est cela qui en compliquerait le calcul. Parmi ces multiples tribus, il y a la tribu Kalenjin qui est la quatrième en terme de population et dont Mr. Daniel Arap Moi, deuxième chef d’Etat du pays, est originaire. Mr. Arap Moi serait entré en politique exprès pour contester l’hégémonie politique des Kikuyu et des Luo. Avec son parti, KADU, il a, depuis l’époque coloniale, tenu à ce que les membres de sa tribu aient leur place au sein du pouvoir. Il aurait bénéficié de l’appui de Jomo Kenyatta qui tenait à écarter les Luo du pouvoir. Nous avons, en réalité, 6 grandes tribus. Par ordre de grandeur, nous aurions Kikuyu (20.78%), Luhya (14.38%), Luo (12.38%), Kalenjin (11.46%), Kamba (11.42%), Kisii (6%), Meru (5%), Masaï (1.76%), etc..

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Conclusion

Nous ne pouvons pas raconter, en une page,toute la vie de la population du Kenya. Mais nous croyons que ces quelques lignes ont permis de se faire une petite idée des origines de la crise kenyane actuelle. D’un côté, les Kukiyu ont acquis, assez tôt, une place privilégié au sein de l’état kenyan. Ils font donc leur possible pour garder les acquis. D’un autre côté, les Luo semblent avoir été, depuis longtemps, l’enfant pauvre de la République, et ils essaient de forcer la porte pour entrer au sein du pouvoir. Mais les rivalités voire la haine entre les Kikuyu et les Luo sont de notoriété publique et dateraient de longtemps. Ces assassinats ciblés dont certains Luo ont été victimes peuvent être assez indicatifs quant au degré de haine qui anime les acteurs politiques kenyans. Dans ces batailles à mort, rien ne nous renseigne à propos de la prise de position des Luhya et d’autres tribus. Mais tout le monde aura compris que les structures ethniques ont une certaine influence sur les structures politiques.

La presse associe le pouvoir kikuyu à la corruption généralisée du pays. Pourtant après le départ de Jomo Kenyatta, Arap Moi a pris le pouvoir et la corruption n’a fait que croître. Ce qui aurait changé, selon nos sources, à cette époque de Mr. Moi, c’est que les fonds destinés au développement des villages kikuyu, sont allés vers les villages kalenjin. Il est très probable que même si Raila Odinga prenait le pouvoir, les pots-de-vin demeureraient monnaie courante, mais qu'une bonne partie des fonds publics prendraient le chemin des villages luo. Enfin, un autre fait évident est que la crise kenyane est devenue rapidement une crise régionale, d’abord à cause du port de Mombasa qui est une porte d’entrée et de sortie de toute la région, mais aussi du fait de la parenté tribale des peuples de la région.


Sources: en.wikipedia.com, www. africancrisis.org, www.lonelyplanet.com

La rédaction


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