Le Burundi est, au km², un des pays les plus peuplé d’Afrique. Dans les églises, les écoles, les journaux et à travers les émissions radiophoniques, des discours pessimistes se sont multipliés depuis longtemps quant au sort économique du pays. Surtout les politiciens ont déjà voué le pays aux gémonies: “le pays est surpeuplé!”, “les terres manquent!”, etc..Ces politiciens sont censés proposer des solutions, mais ils sortent plutôt des propos fatalistes.
pays densité taux d'urbanisation PIB/capita croissance du PIB
Vietnam........252................27................636...............8.4
Burundi........269................10................106...............0.9
Belgique.......319................97..............35590...............1.2
Salvador.......332................60...............2614...............3.8
Inde...........333................29................823...............9.2
Rwanda.........341................20................233...............5.3
Coree du Sud.. 486................80..............16385...............4.2
Ile Maurice....637................42...............4923............. .3.5
Bengladsh.....1002................26................423...............6.0
N.B. Ces chiffres sont de 2005
La densité est le nombre d'habitants au km². Le taux d'urbanisation et la croissance du PIB sont exprimés en %. Et le PIB per capita est libellé est $us courants.
Nous avons dressé ci-haut un petit tableau d’une liste de 9 pays. Cette liste comprend des pays de tous les continents et de tous les niveaux de développement. Tout le monde aura remarqué, nous l’espérons, que le Burundi est le pays le plus pauvre, le plus rural et pas nécessairement celui qui affiche la densité démographique la plus élevée. Par exemple, le Bengladesh a une densité près de 4 fois plus élevée que celle du Burundi, mais il est aussi près de 4 fois plus riche que le Burundi. Pour revenir en Afrique, l’Ile Maurice est plus de 2 fois plus abondamment peuplée que le Burundi, mais elle est 50 fois plus riche. Sur notre liste, le Burundi est le plus rural. Même dans la réalité, il l’est. Ce ne serait donc pas la densité démographique qui cause la pauvreté. Il faudrait chercher le mal burundais ailleurs.
Plutôt que nous limiter à une liste de 9 pays, nous utilisons maintenant l’ensemble des pays du monde entier. Nous avons créé une base de données de section croisée (cross section), un échantillon de 129 observations qui correspond à 129 pays (dont les données sont disponibles) à travers le monde. Ces données sont de 2005. Le modèle est le PIB par tête comme variable dépendante. Les variables indépendantes sont la production industrielle et l’urbanisation. Le PIB par tête, et la production industrielle sont libellés en $us courants, alors que l’urbanisation est le pourcentage de la population urbaine par rapport à l’ensemble de la population totale de chaque pays. Nous avons aussi deux autres échantillons et un autre modèle. Nous avons crée un échantillon qui est fait de données de panel de 660 observations de 132 pays observés de 2001 à 2005 inclusivement. Pour le même laps de temps et le même modèle, nous avons aussi un autre échantillon de 530 observations de 106 pays en développement. Mais notre étude aurait difficilement la prétention d’être scientifique et pour preuve nous ne disons rien de la littérature économique. Mais ceux qui seraient intéressés par cette littérature n’auraient qu’à aller en lire dans les universités. Dans, par exemple Economica, Econometrica, Quarterly Journal of Economics, Journal of Macroeconomics, The American Economic Review, ils auront des études semblables avec toute la présentation formelle et les résultats des régressions. Ils verront que les résultats de ces études sont assez semblables aux nôtres. Notre régression a utilisé la simple technique des “moindres carrés ordinaires” qui en général donne des résultats efficients.
L’estimation du premier modèle nous indique que le PIB par tête est, d’une façon significative, positivement corrélé avec le niveau de production industrielle et du niveau du taux d’urbanisation. L’estimation du deuxième modèle, celui de 660 observations, nous montre que le même PIB par tête est positivement corrélé, d’une façon significative, au niveau du taux d’urbanisation et au niveau de l’investissement. Par contre, le même niveau du PIB par tête, est négativement corrélé, d’une façon significative, au niveau de la population, à la croissance du PIB et à la croissance de la population. Ici, c’est le contraste entre les chiffres qui sont observés et les variations annuelles de ces mêmes chiffres. Le troisième échantillon, celui de 530 observations, offre des résultats qui sont semblables à ceux du deuxième échantillon. Lire les résutats
Dans un pays, plus la population est urbaine, plus le revenu de l’habitant moyen est élevé. Par hypothèse, les habitants de la ville sont plus instruits et/ou ont une certaine expérience de travail. Bien plus, ils sont plus motivés pour aller chercher du travail et sont plus tentés par la consommation. Et ils ont même plus accès à l’information. Et ces hypothèses sont très souvent validées par la réalité. Les salariés vivent le plus souvent en ville. Et chaque mois, chaque année, ils veulent toujours gagner plus d’argent. Ce même raisonnement vaut aussi pour les entrepreneurs qui élisent domicile très souvent en ville et qui cherchent chaque jour un rendement plus élevé pour leur investissement. Ici, c’est la motivation, la volonté, l’acharnement même de gagner toujours plus d’argent en travaillant mieux ou en travaillant plus. Mais le niveau de plus en plus élevé de la population, et donc la croissance de cette population réduit le niveau du PIB. Cela arrive, entre autre, à cause de l’inflation, du chômage, de la surexploitation des ressources disponibles, etc... Dans les pays pauvres, l’économie est bien plus basée sur le travail (travail manuel) que sur le capital (la machinerie). C’est pourquoi, le paramètre du travail (de la population) dans l’échantillon des pays en développement est un peu moins négatif que dans l’échantillon du monde entier. Mais le paramètre de croissance de cette même population est un peu plus négatif que dans l’ensemble du monde. Dans les pays “pauvres” le revenu reste assez réduit, en terme réel, alors que la croissance de la population est forte. Dans le même ordre d’idée, dans les pays “pauvres”, le revenu est petit, mais la croissance de ce même revenu est assez élevée. Par contre chez les pays “riches”, le revenu est élevé, mais la croissance de ce même revenu est très réduite. Cela correspond à la théorie de la croissance économique qui veut que l’investissement dans un pays (ou une région) pauvre génère un rendement plus élevé qu’il le ferait dans un pays riche (Solow, R. M., Growth Theory, ou Phan Duc Loi, L’économie de la croissance). Ceci explique la croissance du PIB de près de 10 % qui s’observe en Chine, en Inde et au Vietnam et celle de 2 ou 3 % qui s'observe dans les pays de l’OCDE.
Comme les évidences empiriques nous le montrent, plus un pays est urbanisé, plus il est riche. Il est d’autant plus riche qu’il est industrialisé. Mais urbanisation et industrialisation ne sont pas nécessairement liées. Historiquement, l’urbanisation a précédé l’industrialisation. Seulement depuis le 19ème siècle, l’industrialisation tendrait à provoquer l’urbanisation. Et aujourd'hui, l'urbanisation est une tendance mondiale.
Mais les Burundais demeurent désespérément ruraux, tiennent à rester agriculteurs alors qu’il n’y a plus de terres à cultiver. Cela est probablement causé par la culture féodale qui demeure encore assez forte dans ce pays. Le plus grand problème du pays se situerait à ce niveau. S’il n’y a pas de terre aujourd’hui, il n’y en aura pas pour la prochaine génération. Notre propos est un plaidoyer en faveur de l’urbanisation. Nous croyons qu’une campagne, voire une politique agressive en faveur de l’urbanisation serait nécessaire. Le pays ne ferait qu’en profiter. Si par exemple, pendant les 20 prochaines années, près de 50 % de la population burundaise devenaient citadins, ce serait moins de chicanes familiales, moins de palabres dans les tribunaux, moins de guerres fratricides pour un lopin de terre. Ce serait plus d'espace pour l'agriculture et l'élevage. Ce serait en même temps un accès plus facile à l’éducation, aux soins médicaux, à l’information, etc.. Ce serait aussi un grand potentiel d’industrialisation grâce à une consommation plus élevée, à une offre de travail plus accrue et une synergie plus facile. Cette synergie entre artisans, artistes, commerçants, industriels et financiers a existé et existe ailleurs. Par exemple, en Inde, des artisans informels sont des sous-traitants de l'entreprise industrielle. Même le problème de la croissance démographique pourrait se régler tout seul puisque la croissance du revenu tend à provoquer la réduction de la croissance démographique. Le rêve, le nôtre, est que des centres de négoces, des chefs-lieu de province se transforment petit à petit en agglomérations urbaines. Et l'idéal est que les autorités politiques et administratives du pays, des ONG et la communauté internationale, de concert, anticipent, encouragent et accompagnent cette urbanisation.
La rédaction
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