Une fois de plus, des rumeurs faisant état d'une probable destitution du Président de la République par le Parlement sont de plus en plus fortes dans le pays. Le Président est accusé par l’opposition de « fautes graves » et de « corruption » et cela à travers les dossiers comme l'affaire de montage de coup d'Etat d'Août 2006 orchestré par la police présidentielle. Nous rappelons que ce montage avéré de putsch s'est soldé par l'emprisonnement de l'ancien chef d’état burundais, Mr. Domitien NDAYIZEYE, l’emprisonnement et les tortures humiliantes et dégradantes à l’endroit de l’ancien vice-président de la république, Mr. Alphonse KADEGE. Mr. Nkurunziza est aussi accusé d’être le responsable principal de la vente illicite de l’avion présidentiel et des tueries de MUYINGA, pour ne citer que ces seuls crimes. Ce sont toutes ces accusations moins vérifiables les unes que les autres que se fonderait cette menace de destitution par le parlement.
Mais cette menace de destitution peut être prise au sérieux dans la mesure où les dispositions constitutionnelles et la conjoncture politique semblent militer en faveur des arguments de l’opposition. A propos des dispositions constitutionnelles, la loi fondamentale, par son article 116, stipule que « le président de la République peut être déclaré déchu de ses fonctions pour fautes graves, abus graves ou corruption, par une résolution prise par les deux tiers des membres de l'Assemblée Nationale et du Sénat réunis ». Quant à la conjoncture politique, la cascade de démissions de militants de la première heure du CNDD-FDD confirme l'existance d'une très forte tension interne et d'une lutte de clans sans cesse croissante au sein du parti au pouvoir. A cause de ces démissions, le chef de l’état a perdu sa majorité à l'Assemblée Nationale. Une faction nombreuse de 20 députés a prêté son serment d’allégeance à El Hadj Hussein Radjabu tandis que 45 autres députés sont restés fidèles au chef de l’état. Sur l’ensemble des 112 députés de l’Assemblée Nationale, le président de la république, Mr. Pierre NKURUNZIZA ne dispose plus de la majorité absolue pour passer des lois. Mais l’opposition n’a pas encore les 2/3 requis pour transformer ses menaces en action concrète.
Une guerre sans quartier est donc déjà enclenchée entre deux anciens frères d’armes, les sieurs Hussein Radjabu et Pierre Nkurunziza. Si ce dernier perdait encore 8 députés, il serait très probablement vite déchu du pouvoir. Pendant que toute la communauté nationale, régionale et internationale réclame, à cor et à cri, la stabilité politique, la sécurité, la paix et la relance économique, les dirigeants politiques burundais sont bien engagés dans une bataille à mort comme à la belle époque non lointaine de la guerre civile. Alors ceux qui rêvent du bien-être du peuple burundais pourraient attendre encore longtemps, à moins qu’ils se jettent dans la bataille et gagnent la guerre. Ce qui est loin d’être évident.
Force est de constater que, pour le moment, le pays se trouve dans une impasse. Le président Nkurunziza se comporte comme s’il avait une majorité au parlement et refuse de faire des concessions à l’opposition. De toute évidence, il chercherait à gagner du temps; lequel temps qui pourtant travaillerait contre lui. D’un autre côté, dans sa guérilla contre la faction présidentielle, l’opposition a besoin du soutien de Hussein Radjabu, ce qui permet à ce dernier de remettre en selle. Et puis par sa surenchère de menaces de destitution, l’opposition pourrait s’enfermer dans une logique de putsch militaire. Et de ce point de vue, les sieurs Bagaza, Boyoya, Kagame et autres ennemis de la démocratie seraient en train de se frotter les mains. Pourquoi est-ce qu’aucun parti d’opposition ne parle d’élections générales, présidentielle et législative, anticipées? Et pourtant, le verdict de la population pourrait dénouer l’impasse. Il est difficile de croire que la crise actuelle pourrait aller jusqu’en 2010 sans provoquer une explosion.
La rédaction
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