Mise en ligne le 3 Janvier, 2007

EAC: Analyse.


Introduction.

Le 30 Novembre 2006, le Burundi a été admis dans la Communauté de l'Afrique de l'Est. Mais son admission et celle de son voisin rwandais ne seront pas complètes avant Juillet 2007 selon allafrica du 9 décembre 2006. Ces dates ont une valeur mythique pour la communauté qui, il y a quelques mois, comprenait seulement le Kenya, l'Ouganda et la Tanzanie. L'EAC est née en 1967 et s'est éteinte en 1977. Les discussions ont repris pendant les années 1980 et 1990, et un traité recréant la communauté a été signé le 30 Novembre 1999. Mais ce traité n'a eu force de loi que depuis le 7 Juillet 2000. Depuis donc cette date, l"East African Community" est devenu une union douanière. Le site internet ce cette communauté, www.eac.int, ne sait pas encore que Burundi et le Rwanda sont déjà membres de l'Union. Nous n'avons donc pas pu savoir les aménagements qui peuvent avoir été mis en place pour les nouveaux venus. Seulement à travers ce site, nous pouvons identifier une foule de produits et services qui font l'objet d'un tariff extérieur commun. Les produits agricoles figurent en tête de la liste, ce qui reflète la nature des économies de ces pays. Nous relatons ici brièvement l'état actuel du commerce extérieur des 5 pays membres. Nous nous pencherons ensuite sur la production pour enfin questionner les ambitions économiques de l'organisation. Les données récentes sur le Kenya sont difficile d'accès; dans ces tableaux du 1er point et du 2e point, elles datent de 2001. Elles sont de 2005 pour les autres pays.


1. Commerce.

Exportation en % de l'ensemble des exportations

                      Burundi     Kenya       Rwanda    Ouganda      Tanzania

produits agricoles     44.8        40.0        47.7      65.4         52.2
produits manufacturés   2.5        ---          8.3      12.4         14.6
pétrole et mines        0.7         0.9        24.0       4.1          6.5

Destination des exportations en %

                      Burundi     Kenya       Rwanda    Ouganda      Tanzania

EU (25)                 25.0       20.0        8.6       31.7         45.6
Emirats Arabes           7.4        ---        ---       10.4          --- 
Suisse                  56.0        ---        ---        9.2          --- 
Kenya                   - --        ---       41.0        8.9           6.1
Uganda                   2.0        ---       26.61       ---           --- 
Tanzanie                 - --       ---        8.0        ---           --- 
Congo (RDC)              - --       ---        4.1        7.4           ---- 
Chine                    - --       ---        ---        ---            4.9
South Africa             - --       ---        ---        ---            8.2
India                    - --        1.6       ---        ---            7.1
Rwanda                    6.2        ---       ---        ---            --- 
Japon                     ---        1.0       ---        ---            --- 
USA                       6.2        2.2       ---        ---            --- 
Afrique                   ---       49.0       ---        ---            --- 

Importations en % de l'ensemble des importations

                        Burundi     Kenya       Rwanda    Ouganda      Tanzania

produits agricoles        9.9        ---         15.9      21.0          17.2
produits manufacturés    70.8       67.5         66.4      66.2          58.5
pétrole et mines         17.3       21.4         17.8      12.9          24.3

Origines des importations en %


                      Burundi     Kenya       Rwanda     Ouganda     Tanzania

EU (25)                 31.8       46.6       25.9       18.3         18.9
Emirats Arabes           7.4        ---        7.6        6.7          7.3 
Suisse                  ---         ---       28.4        9.2          --- 
Kenya                   14.9        ---       41.0       25.3          6.1
Uganda                   2.0        ---        7.6       ---           ---- 
Tanzanie                 8.4        ---        5.6       ---           ---- 
Congo (RDC)              - --       ---        4.1        7.4          ---- 
Chine                    - --       ---        ---        ---           4.9
South Africa             - --       ---        ---        ---          13.2
India                    - --       ---        ---        7.0           8.6
Rwanda                    6.2       ---        ---        ---           --- 
Japon                    14.0        1.0       ---        7.1           7.1 
USA                      ---         9.3       ---        ---           --- 
Afrique                  ---        14.1       ---        ---           --- 

EU(25): Europe des 25

Les principaux produits d'exportation proviennent de l'agriculture. Et pour tous ces pays, ces produits sont: le café, le thé, le sucre, les légumes et les fleurs. Le Kenya, par exemple gagne beaucoup d'argent avec ses produits maraîchers. Tous ces pays vendent essentiellement à l'Europe, comme ils l'ont toujours fait pendant la période coloniale. Même le Rwanda vendrait aussi à l'Europe, le Kenya ne serait qu'une étape portuaire vers l'Europe.

Les principaux produits d'importation sont les produits manufacturés. Et ils sont essentiellement importés d'Europe, et cela par les 5 pays. Même le Rwanda et l'Ouganda importeraient une bonne partie de leurs produits d'Europe, le Kenya n'étant qu'un transit portuaire. Contrairement aux exportations, il y a une bonne tendance à diversifier l'origine des importations. Des pays comme le Japon, l'Inde, la Chine, les Emirats Arabes exportent de plus en plus dans la région. Le commerce inter-régional et intra-régional restent limité. L'Afrique du Sud est le deuxième partenaire commercial de la Tanzanie. Le Kenya semble aussi entretenir de riches relations commerciales avec ses voisins. Le problème est de faire la part des produits qui sont en transit et de ceux qui sont produits ou consommés au Kenya. Est-ce que ces pays veulent ou peuvent diversifier leur commerce extérieur? La réponse peut se trouver dans la production de chacun des pays.


2.1. Production agricole.

Pour diversifier la nature et accroître le volume de leur commerce, chaque pays aurait besoin de s'appuyer sur son agriculture pendant encore, au moins, quelque années. Nous avons ici les 5 plus grandes productions agricoles annuelles dans l'ordre de leur valeur en $us.


  Burundi            Kenya              Rwanda          Ouganda         Tanzania

1.banane             lait de boeuf     bananes          bananes          viande de boeuf
2.haricot            viande de boeuf   pommes de terre  manioc           manioc
3.patates douces     thé               patates douces   patates douces   maïs
4.manioc             maïs              haricot          haricot          lait de vache
5.légumes fraîches   pommes de terre   manioc           viande de boeuf  légumes

Production agricole et Services en % du PIB.

   Burundi            Kenya              Rwanda           Ouganda        Tanzania

1.  29.6               26.5               43.1             33.1            35.6
2.  44.9               54.7               41.1             45.8            53.7

1 = produits agricoles; 2 = services

Tout le monde l'a constaté, le café et le thé qui constituent presque les seuls produits d'exportation de chacun de ces 5 pays ne figurent nulle part sur la liste des 5 plus grandes productions agricoles de chacun des 5 pays. Seul le Kenya fait exception, mais avec la plus grande production de viande de boeuf. Pour le cas du Burundi, la production de viande arrive à la 6e place, alors que le thé et le café occupent respectivement le 11e rang et le 16e rang. L'EAC et le Comesa pourraient stimuler la production et la commercialisation de la production vivrière. Cela demandera des standards de commercialisation, de transport et d'entreposage. Par exemple, la viande, la banane et les légumes exigeraient des moyens de transport spéciaux sur une longue distance. Si un commerçant burundais veut aller vendre sa banane ou ses légumes à Dar-es-Salaam, par camion ou par train, il devra avoir des containers adéquats pour garder la fraicheur de ses produits. C'est peut-être ce facteur qui réduit la commercialisation de la viande, des fruits et légumes.

L'économie de ces 5 pays indique un aspect important de l'économie africaine. Les services sont la part la plus importante des économies nationales. Ces services sont constitués du commerce des produits agricoles locaux, mais aussi du commerce des produits manufacturés. Mais pour la Tanzanie et le Kenya, l'industrie du tourisme est très florissante; les restaurants et les hôtels font de bonnes affaires et ce sont eux qui grossissent fortement la part des services dans l'économie.


2.2. Production manufacturière.

              Burundi       Kenya        Rwanda       Ouganda         Tanzania

              aliments      verrerie    savon          aliments        aliments
              textiles      plastique   ciment         textiles        ciment
              cuir          métal       cigarettes     savon           textiles
             ----           aliments    textile        ciment          métal
Total          68.7         96.7         80.3           1090            711
En % du PIB    8.9          12.5         9.8             8.9            10.20

La rubrique "aliments" comprend toutes les transformations des produits comestibles tels que: la bière, les boissons gazeuses, le sucre, le café, le thé, etc... La rubrique "total" signifie le total en valeur de la production manufacturière en milliards de devise nationale. L'année de référence est 2005, 2003, 2002 et 2001 respectivement pour le Burundi, la Tanzanie et le Rwanda, l'Ouganda et le Kenya.

De toute évidence, la manufacture occupe une modeste place dans l'économie de ces 5 pays. Et cela vient du fait que l'agriculture occupe une grande place. Une constatation facile à faire est que la fabrication et l'assemblage métalliques et électroniques sont encore inconnus dans la région. Les automobiles, les produits électoniques et pharmaceutiques qui, pourtant, ont une grande valeur ajoutée, sont tous importés. Même les textiles et toute l'industrie de la mode ont une production très modeste. Une grande partie des habits portés dans la région sont encore importés


3. Ambitions économiques de l'EAC.

                         Burundi      Kenya        Rwanda     Ouganda      Tanzania

population                7.5          34.3          9          28.8         38.3
densité                   270          59           342         120          41
forêt (en km carré)      1520         35820         4800       36270        352600 
PIB                      0.799         18           2.1         8.7          12.1
PIB par tête ($us)       100           530          230         280          340
Croissance du PIB        0.9           2.8           5          5.6           7 
Inflation                16.7          3.7           7          8.6           3.7
Croissance de la monnaie 20.9          2.4          15.1        23.3          16.6
Taux de change           1046          69           571         1786         1303

population: en millions

densité: nombre d'habitants au km carré; ici nous ne tenons pas compte des lacs et de la mer.

PIB: en milliards de $us courants

Croissance du PIB, inflation et croissance de la monnaie sont en %.

Taux de change au 31 décembre 2006: valeur d'un 1 $us en devise nationale de chaque pays.

Croissance de la monnaie veut dire la croissance de la masse monétaire, donc l'usage de la planche à billets. Une forte croissance de l'offre de monnaie peut provoquer une dévaluation de fait en plus de créer de l'inflation.

Dans ce tableau, les données sont de 2005, sauf le taux de change (2006) et la croissance de l'offre de monnaie (Burundi: 2003, Kenya: 2001, Rwanda: 2003,Ouganda:2003, Tanzanie: 2003.

L'EAC a de très fortes ambitions. En a-t-elle les moyens? Elle affirme qu'elle est "une union douanière" et qu'elle vise "le marché commun". Par marché commun, nous croyons qu'elle veut dire union économique. Sans préciser les délais, l'EAC soutient que son ambition est "l'union monétaire" et même "une fédération politique". Mais elle reconnaît que chaque étape sera âprement négociée. Reste à savoir si ces négociations iront jusqu'au refendum.

Pour le moment, il s'agit d'une union douanière qui vient de commencer et qu'il faut gérer. Cette union était prévue pour 3 membres, mais elle vient de s'enrichir de deux membres additionnels, ce qui pourrait demander des ajustements. Comme nous le voyons, tous les 5 pays sont essentiellement agricoles quant à la nature de leur production et de leur commerce. L'objectif de l'intégration économique a toujours été la croissance économique. La croissance de la production agricole devrait être le premier objectif. L'intrant de base pour ce faire est la terre dont les 5 pays sont diversement dotés. La Tanzanie, le Kenya pourraient recourir à une agriculture extensive (accroître la surface cultivée). Avec moins de 60 habitants au km carré, les deux pays ont encore de grands espaces vierges. Les Rwandais et les Burundais, par contre, ont une marge de manoeuvre très réduite. Ils n'ont d'autres choix que recourir à l'agriculture intensive (accroître la productivité). Les environnementalistes n'aiment pas beaucoup les engrais chimiques et les pesticides, mais, nous croyons que nous ne pourrons pas les exclure du débat. Du reste, la Tanzanie, par exemple, utilise les engrais chimiques dans la production de certains produits vivriers tels que le maïs. Les experts pourraient proposer d'autres moyens, nous devrions les écouter attentivement et passer à l'action.

Parmi ces autres moyens, il y aurait la croissance de la pluviosité. La forêt aurait une influence positive sur la quantité de pluie. Or comme nous savons, les 5 pays connaissent régulièrement des saisons de sécheresse et pourtant nous voyons que la Tanzanie et le Kenya affichent de grands espaces de forêts. Sans être experts, nous croyons que le genre de forêt qui attire la pluie est celle de type équatoriale. L'Afrique de l'est est une région de savane; ses parcs nationaux et ses espaces vierges n'auraient donc pas une très grande influence sur la quantité de pluie. Seulement il n'est pas besoin d'être expert pour constater que la petite forêt équatoriale du Rwanda et du Burundi a une grande influence positive sur le niveau de pluviosité (cfr les cartes du Burundi sur notre site) dans la région et surtout sur le niveau d'eau dans les lacs Kivu, Tanganyika et Victoria. Malheusement cette forêt diminue à vue d'oeil. Du côté burundais elle se réduirait au rythme de 4 % par an. Il faudrait donc arrêter tout de suite ce massacre. En même temps, les états et même les individus pourraient créer une forêt équatoriale, par le boisement. Par exemple, nous pouvons en rêver une au centre et au nord-ouest de la Tanzanie. Et elle ferait toute une différence sur l'ensemble de la région. Ici nous citons la Tanzanie car c'est le pays le plus vaste et qui touche aux 4 autres pays. Nous croyons que les Burundais et les Rwandais devraient mettre cette demande sur la table lors des rencontres de l'EAC.

L'Afrique de l'Est comme l'ensemble de l'Afrique vit encore d'une agriculture de subsistance. Chaque agriculteur produit ou essaie de produire ce qu'il consomme: un peu de haricot, de mais, de banane, de manioc, quelques poules, une chèvre, un mouton, etc...Cela ne permettra pas d'accroître sensiblement la production agricole. Nous croyons que la meilleure façon est la création d'une agriculture commerciale. Dans le cadre de cette agriculture commerciale, un fermier (celui qui en a les moyens) se spécialiserait dans un seul genre de production et il se donnerait les moyens d'en produire le plus possible. Par exemple, avec une population presque égale, l'Afrique du Sud produit près du triple de la viande de boeuf, près du quadruple de lait et près du quintuple de maïs que la Tanzanie. La spécialisation de la production serait une grande avancée dans la production agricole. Elle pourrait avoir raison de ces nombreuses et successives disettes de la région; elle pourrait même créer des surplus pour l'exportation à l'extérieur de la région.

Mais la meilleure façon d'exploiter l'intégration économique serait une expansion de la production manufacturière car elle rapporte plus d'argent. L'importation des produits manufacturés coûterait plus de 7 milliards de $us par an aux 5 pays. Une production manufacturière locale de substitution à cette importation serait autant de devises fortes épargnées, d'emplois et de richesse créés sur place. La façon courante est l'investissement étranger, c'est à dire d'inviter les manufacturiers étrangers à investir dans la région. C'est donc chaque pays qui inviterait chez lui l'investisseur, qui le courtiserait et lui accorderait les avantages économiques nécessaires. Malheureusement, en Afrique, les chefs politiques restent confortablement assis sur leurs chaises et attendent patiemment que les hommes d'affaires viennent les voir et leur offrir des pots de vin. Avec un tel comportement, les pays de l'EAC, comme les autre pays africains, continueront de s'appauvrir, car une des causes de la pauvreté en Afrique est faite par l'importation massive des biens et services de consommation.

L'EAC a des ambitions qui pourraient être démesurées par rapport à ce qu'elle est réellement. Elle vient de renaître et elle pourrait peut-être surprendre tout le monde. Mais il y a lieu de s'inquiéter du niveau de corruption qui règne dans les différents pays. L'autre point est le niveau d'insécurité qui fait des ravages dans certains pays membres. Au Burundi, au Rwanda, en Ouganda et, dans une certaine mesure, au Kenya, l'insécurité règne en maître. Il sera difficile, même aux hommes d'affaire nationaux de risquer leurs millions de devises nationales dans ces conditions d'insécurité. Récemment, même la Tanzanie s'est mise de la partie et a chassé beaucoup d'étrangers vivant chez elle depuis longtemps. Enfin le niveau d'inflation et de croissance de l'offre de monnaie ont de quoi faire fuir tout investisseur potentiel. Et pour une union économique et monétaire, une grande leçon de discipline et de rigueur de gestion est encore nécessaire.


Sources: allafrica.org, imf.org, worldbank.org, fao.org, wto.org, eac.int


La rédaction

Copyright @ www.amayagwa.com