Mise en ligne le 06 Decembre, 2008

CAE: Rétrospective


Introduction.

Nous avons publié un article, l'an passé, à propos de la production et du commerce dans les pays de la CAE (Communauté des l'Afrique de l'Est). Nous avons jugé opportun de reprendre le sujet et d'essayer de voir ce qui s'est fait depuis. Nous comparons 2005 à 2007 et évaluons le trajet parcouru. Ce laps de temps est très court. Mais en même temps, les acteurs politiques, économiques et sociaux que sont les habitants de la région n'ont pas toute la marge de manoeuvre pour attendre longtemps. Ils ont besoin des lendemains vivables tout de suite.

Notre article se penchera d’abord sur le niveau et la croissance des échanges en 2007. Ensuite il ira vers plus de détails par secteur en les comparant à ceux de 2005.

1. Echanges en 2007

                                Burundi   Kenya   Rwanda  Ouganda   Tanzanie
Exportations....................  62 ..... 4080 ... 177 ... 1623 ... 2002
Importations.................... 319 ..... 8989 ... 737 ... 3466 ... 5337
Déficit commercial ............. 257 ..... 4909 ....560 ... 1843 ... 3335
Déficit commercial en %......... 414 % ...  120 % ..316 % .. 113 % .. 166 %
Croissance des exportations.....   7 % ...   19 % .. 24 % ..  37 % ..  16 %
Croissance des importations..... -26 % ...   23 % .. 49 % ..  36 % ..  26 %
Populations ....................   8.5 ...   37.5 ..  9.7 ..  30.9 ..  40.4
Exportations per capita.........   7.3 ... 108.8 ..  18.2 ... 52.5 ..  49.5

Les exportations, les importations et le déficit commercial sont exprimés en millions de $us courants. Le % du déficit commercial est calculé par rapport aux exportations, alors que celui de la croissance des exportations et des importations est le taux des variations annuelles, la population est en millions d'habitants et les exportations per capita sont en $us courants.


Comme nous l'indique le tableau ci-dessus, tous les pays de la CAE ont accru leurs exportations et leurs importations. Un autre constat est que le Kenya, le Rwanda et la Tanzanie ont beaucoup plus accru leurs importations que leurs exportations. L'Ouganda a essayé d'accroître ses exportations et ses importations au même taux. Seul le Burundi a sensiblement réduit le niveau des importations et ainsi a pu éviter l'explosion de son déficit commercial. Mais malheureusement il a le pire score en matière d'exportations en terme de niveau comme en terme de croissance. Et tous ces pays se caractérisent par ce facteur commun d'avoir une balance commerciale déficitaire. Et en pourcentage des exportations, le Burundi a le déficit commercial le plus élevé de la communauté. En même temps, nous constatons que la croissance du PIB observée dans presque tous les pays de la CAE (voir notre dernier article: Rappel) s'accompagne d'une croissance des échanges commerciaux. Il nous reste à connaître les secteurs qui ont le plus profité de cette croissance.

2. 1. Evolution depuis 2005

Exportations en % de l'ensemble des exportations

               Burundi      Kenya         Rwanda      Ouganda      Tanzania

Année        2005  2007   2001  2007    2005  2007   2005  2007   2005  2007
Agriculture  44.8  77.5   40.0  54.7    47.7  56.4   65.4  50.8   52.2  43.9
Manufacture   2.5  15.8    ---  36.8     8.3   6.3   12.4  23.0   14.6  21.2
Sous-sol      0.7   6.7    0.9   7.1    24.0  33.5    4.1   4.5    6.5  13.1

Importations en % de l'ensemble des importations

             Burundi       Kenya       Rwanda     Ouganda     Tanzania
Annee        2005  2007  2005  2007  2005  2007  2005  2007  2005  2007
Agriculture   9.9  23.5  ---   12.9  15.9  17.1  21.0  13.6   17.2  12.5
Manufacture  70.8  67.0  67.5  62.1  61.3  66.4  66.2  63.4   58.5  55.4
Sous-sol     17.3   5.5  21.4  23.5  17.8  21.3  12.9  20.1   24.3  31.2

Tous les secteurs ont profité de la croissance de la production. Le Burundi, le Kenya et le Rwanda ont accru leurs exportations agricoles. Paradoxalement, ils ont aussi accru leurs importations. L'explication serait qu'ils ont exporté les produits qu'ils ne consommaient pas, tels que le café et le thé, les fleurs et ont importé les produits qui faisaient partie de leur repas quotidien, tels que le maïs, le haricot, le riz, etc..Les importations sont demeurées modestes parce que ces pays sont essentiellement agricoles. Mais elles se sont accrues du fait, probablement, de la croissance démographique, mais aussi de la fréquence des disettes. L’agriculture régionale est demeurée néanmoins un gagnant de ces échanges commerciaux car les exportations ont été nettement supérieures aux importations.

L'autre gagnant de la croissance a été les industries du "sous-sol". Ici, sous-sol comprend les produits pétroliers et miniers. En matière d'exportations, sous-sol voudrait dire tout simplement produits miniers puisque aucun de ces 5 pays ne produit du pétrole. Si la croissance est élevée, les chiffres absolus sont demeurés modestes. L'exception ici est le Rwanda qui a été le plus grand exportateur de produits miniers. Il est à se demander si les produits exportés ont été extraits du sous-sol rwandais ou du sous-sol de pays voisins. Au niveau de l'importation, le sous-sol pourrait signifier essentiellement, le pétrole. La Tanzanie, l'Ouganda et le Rwanda ont fortement accru leurs importations et cela est une suite logique de la forte croissance de la production. Le Kenya a, à peine, accru ses importations, alors que le Burundi les a réduites d'une façon drastique.

Mais le grand gagnant de cette croissance économique est le secteur manufacturier. Le Burundi, l'Ouganda et la Tanzanie ont beaucoup augmenté leurs exportations manufacturières. Le taux de croissance le plus élevé, dans ce secteur, serait celui du Burundi qui serait de 532 %, comparé à 85.4 % pour l'Ouganda et 45.2 % pour la Tanzanie. Nous ne pouvons rien dire du Kenya car nous n'avons pas les chiffres de 2005. Dans ce secteur particulier, le Rwanda fait encore exception car il a réduit, en terme relatif, ses exportations manufacturières. Dans l'ensemble, nous pouvons dire qu'il y a eu une croissance de la production manufacturière. Et cela a correspondu à la réduction des importations dans ce secteur. Les chiffres attestent que tous les pays ont réduit leurs importations dans ce secteur. Cette réduction est assez modeste, mais si la tendance se maintient cela pourrait offrir des emplois à des millions de chômeurs et réduire l'hémorragie de devises fortes.

2.2.Destination et origine des échanges

Destination des exportations en % de l'ensemble des exportations

                  Burundi     Kenya         Rwanda      Ouganda      Tanzania

Année           2005  2007  2005  2007    2005  2007   2005  2007   2005  2007
EU              25.0  12.9  20.0  26.6     8.6  40.6   31.7  24.3   45.6  19.7
Emirats Arabes   7.4  34.2   ---  ---      ---  ---    10.4  13.3   ---   --- 
Suisse          56.0  10.9   ---  ---      ---   9.0    9.2  ---    ---   20.5
Kenya            ---   7.2   ---  ---     41.0  21.3    8.9   8.8    6.1   5.8
Uganda           2.0   ---   ---  12.2    26.6  ---     ---   ---    ---  ---
Tanzanie        ---    ---   ---   8.1     8.0  ---     ---   ---    ---  ---
Congo (RDC)     ---    9.4   4.1   ---     7.4  ---     7.4   7.5    ---  ---
Chine           ---    ---   ---   ---     ---  10.7    ---   ---    4.9   7.3
South Africa    ---    ---   ---   ---     ---  ---     ---   ---    8.2   9.5
India           ---    ---   1.6   ---     ---  ---     ---   ---    7.1  ---
Rwanda          6.2    ---   ---   ---     ---  ---     ---   ---    ---  ---
Japon           ---    ---   1.0   ---     ---  ---     ---   ---    ---  --- 
USA             6.2    ---   2.2   7.2     ---   3.7    ---   ---    ---  ---
Pakistan        ---    ---   ---   4.9     ---   ---    ---   ---    ---  ---
Afrique         ---    ---  49.0   ---     ---   ---    ---   ---    ---  ---

EU: Europe des 25 en 2005 et Europe des 27 en 2007

Origines des importations en % de l'ensemble des importations


                  Burundi     Kenya        Rwanda      Ouganda      Tanzania

Annee           2005  2007  2005  2007   2005  2007   2005  2007   2005  2007
EU              31.8  21.9  46.6  20.2   25.9  20.1   18.3  20.6   18.9  17.7
Emirats Arabes   7.4  ---   ---   14.8    7.6   7.0    6.7  12.0    7.3  13.2
Suisse           ---  ---   ---   ---    28.4   ---    9.2  ---     ---  --- 
Kenya           14.9   7.9  ---   ---    41.0  26.1   25.3  13.5    6.1  ---
Uganda           2.0  10.7  ---   ---     7.6  13.3    ---  ---    ----   ---
Tanzanie         8.4  ---    ---   5.6    5.6   5.9    ---  ---    ----   ---
Congo (RDC)     - --  ---    ---   ---    4.1   7.4    7.4  ---    ----   ---
Chine           - --  ---    ---   ---    ---   ---    ---  7.9     4.9   7.0
South Africa    - --  ---    ---   ---    ---   ---    ---  ---     8.6   10.1
India           - --  ---    ---   ---    ---   ---    9.4  9.9     ---    8.7
Rwanda           6.2  ---    ---    ---   ---   ---    ---  ---     ---   ---
Japon           14.0   7.0   1.0    ---   ---   ---    7.1  ---     7.1   ---
USA              ---   ---   9.3    7.4   ---   ---    ---  ---     ---   ---
Afrique          ---   ---   14.1   ---   ---   ---    ---  ---     ---   ---
Arabie Saoudite  ---  27.4   ---    ---   ---   ---    ---  ---     ---   ---

EU: Europe des 25 en 2005 et Europe des 27 en 2007

Comme nous l'indiquent ces deux tableaux, la destination et l'origine des échanges commerciaux avec les 5 pays n'ont guère changé depuis 2005. Si nous incluons la Suisse à l'Europe des 27, nous ne pouvons que constater que les exportations des 5 pays se sont dirigées en gros vers l'Europe d'où est aussi venue la grande partie des importations. Les mentalités et les structures de productions et de consommation semblent résister à l’usure du temps. Les Emirats Arabes semblent avoir pris racine dans le marché de la CAE, surtout ils ont exporté vers beaucoup de pays de la communauté. Et la percée du Japon, de la Chine et de l'Inde est apparemment encore limitée.

Mais ce qui est frappant, surprenant et désolant a été la stagnation des échanges à l'intérieur de la région. Et même si nous incluons la Comesa et la Sadc à la région (voir notre autre article: Rappel) le constat est le même. Le commerce régional reste très limité et a même subi une diminution, probablement parce que la production manufacturière locale manque encore de réseau de distribution dans les différents pays de la région.


Conclusion


Nous venons de jeter un regard furtif sur l'évolution des échanges commerciaux au sein de la région de l'Afrique de l'Est. Ces échanges concernent essentiellement les biens. Les services exportables seraient encore, en valeur, une quantité négligeable.

Si nous y allons par pays, nous dirions que le Burundi a eu, en 2007, la pire performance en matière d'exportations, en terme de niveau comme en terme de croissance. Mais il a réussi l’exploit de réduire le niveau de ses importations. Il a aussi affiché la plus haute croissance en matière d'exportations agricoles et manufacturières. Le Kenya est le meilleur élève de la région en matière de niveau d'exportations car ses exportations per capita sont les plus élevées. Il a été aussi le plus grand exportateurs de produits manufacturés. Le Rwanda a battu le record en matière de croissance des importations. Après le Burundi, il a aussi le plus haut taux de déficit commercial. Mais surtout il a eu la pire performance en matière d'exportations manufacturières. Seulement, il serait à féliciter car, en terme relatif, il aurait la médaille d'or en matière d'exportations minières. L'Ouganda a eu le plus bas taux de déficit commercial. Par contre, il a réduit ses exportations agricoles. Enfin, la Tanzanie comme l'Ouganda a réduit ses exportations agricoles en 2007. Mais elle a sensiblement accru ses exportations manufacturières et minières.

Le trait commun de tous ces pays est le déficit commercial qui s'est effectué en faveur de l'Europe. Pendant ce temps, le commerce régional a stagné alors qu'il aurait dû suivre la tendance nationale. Cela a causé sûrement un tort grave au revenu de l'habitant de la région. Par ce déficit commercial, les 5 pays, à l'instar de tous les pays africains, ont crée et entretenu l'emploi en Europe à leur détriment. Par exemple, en seul emploi d'un ouvrier non qualifié européen peut en valoir 100 au Burundi. Ceci nous donne la mesure de la torture que la CAE s'inflige.


Sources des données: wto.org


La rédaction

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