Mise en ligne le 26 Mars, 2009
Par Patrice Ndeta

Quelles politiques pour la CAE?


Introduction

L’actualité semble indiquer que les 5 pays de la CEA (Communauté de l’Afrique de l’Est) s’acheminent rapidement vers une union économique. Les réunions se succèdent très vite pendant que des nouvelles alarmantes ne se dissipent pas. C’est à se demander si la Communauté se construit sur des bases solides. Parmi les innombrables questions sans réponses, nous n’en aborderons que deux qui nous semblent les plus importantes. Ces points sont la libre circulation des personnes et l’investissement.

La libre circulation des personnes

La particularité de l’union économique est le libre mouvement des personnes, des citoyens des pays membres de l’union. La Tanzanie a émis des réserves et même semble s’être opposée à ce point. Pour illustrer ce propos, je vous convie à lire ces deux petits tableaux.


                          Densité de la population des pays de la CAE

                   Tanzanie                                            41
                   Kenya                                               61
                   Ouganda                                            120
                   Burundi                                            282
                   Rwanda                                             351

                      Densité de certains autres pays de la région

                   Namibie                                              2
                   Botswana                                             3
                   Gabon                                                5
                   République du Congo                                 11
                   Angola                                              13
                   Zambie                                              15
                   République Démocratique du Congo                    25
                   Mozambique                                          26
                   République Sud-Africaine                            39

                   Afrique                                             30

Densité: nombre d’habitants au km²

Ces données sont de 2005


Au regard des tableaux ci-dessus, nous voyons que les pays de la CAE ont une densité démographique supérieure à la moyenne africaine. Et puis tout le monde sait que le Kenya et la Tanzanie qui sont les plus gros pays, en terme de surface et de population, ont aussi de grandes étendues de terre presque désertiques. Parmi les terres arables assez fertiles, certaines, appelées "Parcs Nationaux", sont exploitées par l’industrie touristique; laquelle industrie est la plus grande source de devises fortes et le plus grand employeur. Les réticences, l’opposition de la Tanzanie sont assez compréhensibles. Elles relèvent même de la sagesse. Les citoyens de ces pays n’acceptent pas, de gaité de coeur, une “invasion” massive de populations étrangères. Par exemple, en 1972, le Chef de l’Etat tanzanien d’alors, Mr. Nyerere, a dû monter au créneau plusieurs fois pour faire accepter à ces concitoyens, les 200 000 réfugiés burundais.

D’un autre côté, les Burundais et surtout les Rwandais semblent être pressés de passer à l’union économique. Lire l'article Cela peut rendre leurs partenaires suspicieux. Du reste, un déplacement massif de Rwandais et de Burundais serait aussi un déplacement des problèmes dans le temps et dans l’espace. Les exploitations agricoles dans les régions de savanes sont rentables pendant les 5 premières années. Après la production devient anémique.

Investissement

Beaucoup d’experts et connaisseurs du sujet affirment que l’agriculture a besoin d’investissement. C’est aussi ce que dit M. Diouf, le Directeur Général de la FAO, dans une de ses déclarations.Lire l'article Il faut donc d’abord des investissements dans les infrastrucures routières, ferroviaires, portuaires, hospitalières, etc. Cela inciterait les fermiers à investir dans leur entreprise. Seulement, il serait nécessaire de s’entendre sur la société à construire. Par exemple, en Asie, l’agriculture est dominée par des millions de petits fermiers. En Amérique latine, par contre, ce sont de très grands propriétaires terriens qui dominent le secteur agricole et qui financent eux-mêmes les travaux d’irrigation et même la construction de certaines routes. Les pays de la CAE auraient donc le choix entre les deux systèmes ou un système intermédiaire. Quelle que soit le choix, l’investissement est indispensable. Il ne suffirait donc pas de déplacer les populations, il faudrait aussi et surtout investir.

Emigration

Ces 40 dernières années, les Burundais ont émigré dans la douleur et dans le sang. Peut-être qu’il serait bon d’anticiper les crises et accepter d’émigrer en période de paix, comme cela se faisait pendant la période coloniale. Ceci est un sujet tabou, mais qui vaudrait la peine d’être débattu. Il y a beaucoup de personnes sans terre et sans argent mais qui seraient de bons candidats au départ. Mais cette émigration serait plus facile et plus rentable si le gouvernement burundais adoptait une politique active d’émigration. D’un autre côté, il y a beaucoup de pays africains presque vides d'habitants qui seraient prêts à investir dans l’immigration de nouveaux fermiers et de travailleurs agricoles. Le Gabon, par exemple, dépendrait beaucoup de l'importation pour se nourrrir.

Conclusion

La CAE est un bon outil de développement pour autant que des investissements nécessaires soient réalisés. Elle voudrait aller rapidement vers l’union économique, mais à notre humble avis même le niveau d’intégration de zone de libre échange serait suffisant en attendant d’investir dans les infrastructures et d’adopter des politiques économiques adéquates. La libre circulation des personnes est évidemment la bienvenue pour beaucoup de Burundais. Mais s’il n’y a pas de routes, par exemple, elle ne servira à rien. Et puis l’investissement serait plus accru et plus rentable s’il y avait une bonne gouvernance. Et sur ce point tous les gouvernements de la région sont interpellés. Quant à l’émigration, elle n’est pas nécessaire. Elle peut même être mauvaise car ce sont souvent les citoyens les plus dynamiques, les plus entreprenants qui partent. Seulement il faut l’anticiper. Et la meilleure façon de le faire est d’adopter des politiques qui inciteraient les habitants à rester chez eux.


Source de données: data.un.org


La rédaction


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