Nous ne capitulerons jamais! (Winston Churchill)

Oui! La mauvaise gouvernance, l'ignorance et la pauvreté ne sont pas une fatalité. Nous pouvons les vaincre.

Mis en ligne le 04 Janvier 2010
Par Patrice Ndeta

Faut-il avoir peur de prochaines élections ?

La question est bien pertinente. L’actualité et l’histoire récente du pays nous inciteraient à l’affirmer. L’ensemble du processus électoral et ses résultats ont toujours constitué un grand événement qui a marqué la vie du pays.

Nous croyons qu’il y a lieu de s’inquiéter. Tout le monde voit ce qui se passe. Les membres du parti présidentiel ont peur de la défaite. Les membres de partis d’opposition sont animés tantôt d’une joie d’une victoire prochaine tantôt d’une peur d’une défaite possible.

Historiquement les élections ont toujours été régulières. En 1961, 1965, 1993 et 2005, les élections ont été reconnues pour avoir été assez transparentes et correctes. Celles de cette année ont de fortes chances de l’être aussi. La même ardeur populaire que celle du passé pour aller voter, préparer les bureaux de vote, surveiller les urnes et faire le décompte des voix pourraient être au rendez-vous. Même les pays membres de la région ont promis d’offrir leurs services. Il n’y a donc pas assez de raisons de s’inquiéter outre mesure à propos de la régularité du processus électoral.

Un autre fait à souligner est que le taux de participation aux élections a toujours été élevé. Nous n’avons aucun chiffre, mais ce taux pourrait se situer autour de 80 %. Et puis le peuple burundais a toujours offert un mandat très fort à son gouvernement. Les quatre fois qu’il a été consulté d’une façon démocratique, il a octroyé une majorité parlementaire au gouvernement.

Par contre les résultats du vote peuvent engendrer des problèmes. Les lendemains des élections n'ont jamais été le "Grand Soir" attendu ni pour les élus ni pour les électeurs. Comme tout le monde le sait, le Premier Ministre Louis Rwagasore et le Président Melchior Ndadaye ont été tués au lendemain de leur victoire électorale. En 1961, la guerre civile aurait été évitée de justesse alors qu’en 1993 la population a payé cher son vote. En 1965, au lendemain des élections du mois de mai, le Roi nomma Premier Ministre, son cousin, M. Léopold Biha et cela au mépris des dispositions constitutionnelles puisque M. Biha n’était même pas membre du parlement. Les Hutu qui constituaient près de 70 % du nouveau parlement devinrent furieux et tentèrent un coup d’état en octobre. Le coup d’état fut un échec et beaucoup de députés hutu furent tués. La nomination de M. Biha comme chef du gouvernement et une foule de pièges et d’actes de provocation auraient été utilisés pour pousser les Hutu au putsch. Pour ce qui est des résultats de 2005, tout le monde a vu que le parti au pouvoir s’est, de lui-même, scindé en plusieurs factions antagonistes. Pire, les autorités actuelles se sont adonnées au pillage massif du bien public et même aux tueries.

La solution ne résiderait donc pas dans le processus électoral. Elle se situerait dans l’empathie envers la population, dans le savoir-faire et la maturité politique des élus. M. Rwagasore et M. Ndadaye sont morts trop tôt. Comme chef du gouvernement, ils ne nous ont pas laissé beaucoup de leçons. Mais M. Pierre Ngendandumwe aurait été un homme à poigne, un chef efficace de son gouvernement et surtout de son groupe parlementaire “Monronvia”. C’est lui qui donnait les conseils, les recommandations et les ordres à son groupe sans provoquer gratuitement le groupe adverse et dans le respect de la loi. Il aurait réussi à bloquer d’une façon sage et simple l’exercice du gouvernement Nyamoya (groupe Casablanca). Par contre, M. Gervais Nyangoma qui a remplacé M. Ngendandumwe à la direction du groupe Monronvia et qui était pressenti pour diriger le gouvernement n’aurait pas réussi à gérer l’excitation de son groupe et les provocations du groupe adverse. Avec M. Ngendandumwe à la barre, le putsch d’octobre 1965 n’aurait très probablement pas eu lieu et donc la dictature militaire tutsi n’aurait pas eu l’occasion de se concevoir.

Certains proposent la création de coalitions en vue des élections présidentielles et d’une majorité au parlement. Dans le passé, il y a eu très peu de cas pareils. Il serait difficile d’en imaginer le scénario. Nous avons vu que même des partis implosent très vite en factions. Les coalitions, si elles se forment, pourraient se comporter comme des cartels. Elles seraient peu stables. Le meilleur scénario pour le pays est un chef d’état sage, mature et qui bénéficierait d’une majorité au parlement. Mais l’essentiel serait d’élire un chef d’état d’une grande maturité politique de la nature de celle de M. Pierre Ngendandumwe. L’instabilité et le dérapage politiques ont de fortes chances de s’accentuer avec un aventurier politique de l’acabit de Pierre Nkurunziza à la tête du pays. Pour le bien du pays, les membres de la société civile devraient sortir dans la rue et participer activement à la campagne électorale en faveur d’un candidat président qu’ils jugent compétent et sage.


La rédaction


Copyright @ www.amayagwa.com