relativement petit. Même en 2005, malgré la pléthore de partis en lice, le nombre de partis présents au parlement se compte sur les bouts de doigts d’une main. L’explication serait le charisme des candidats, la bonne organisation des partis en lice mais surtout la volonté manifeste du peuple burundais de corriger les caprices de ses dirigeants en concentrant son vote autour d’un nombre réduit d’acteurs politiques.
Un autre fait à relever, mais que ces tableaux ne nous montrent pas, est
l’implosion de partis en factions. Nous avons tous assisté, très récemment, à l'implosion du parti
au pouvoir, le CNDD-FDD, en plusieurs factions antagonistes. Ce fait n'est pas nouveau. Assez
tôt que 1962, le parti à l'époque au pouvoir, l’Uprona, a implosé en deux groupes profondément
antagonistes que furent les groupes Casablanca et Monronvia. Casablanca rassembla les Tutsi et
Monronvia regroupa les Hutu. Mais chacun des deux groupes put compter des “modérés” de l’autre ethnie en son sein. La haine que les deux groupes se vouèrent culmina par le putsch manqué de 1965, le putsch réussi de 1966 et les massacres qui s’en suivirent.
Un autre fait qui saute aux yeux de tout observateur est l'ethnisation assez
élevée de la politique. Très probablement que Louis Rwagasore soit en train de se retourner dans sa tombe en regardant ce qu'est devenu son pays. Les deux factions Casablanca et Monronvia, la
dictature militaire tutsi et les massacres successifs ont contribué à la création de l'état actuel de la politique nationale. Il y a donc aujourd'hui des partis et factions hutu qui font face à des partis et factions tutsi. La constitution actuelle calme un peu les tensions. Mais elle comporte beaucoup de zones d'ombre et de contradictions que les politiciens n'ont pas manqué d'exploiter. A la moindre crise, le pays pourrait retomber en guerre civile.
Un autre problème facile à relever est la quasi-absence de la presse. Depuis
1961, le niveau moyen d’études de l’élite politique s’est considérablement accru. En même temps le nombre de partis a augmenté d’une façon exponentielle. Mais la qualité du débat politique n’a pas suivi. Les causes de cet état de fait sont nombreuses. Nous avons déjà souligné lors de nos éditions précédentes, la culture féodale de la politique nationale (inka yanje, itongo ryanje: ma vache, ma terre). Les dirigeants politiques convertissent facilement leur parti politique respectif en bien privé et le membership en groupe de vassaux ou de serfs.
L'autre cause assez évidente du manque de débat dans le pays est l’état misérable de la presse. Freedom House l’a même souligné lors de sa dernière édition. La presse écrite, la télévision et internet sont quasi inexistants. Cela serait dû au manque de professionnels mais surtout, à notre avis, à la pauvreté de la population. Un organe de presse libre serait difficilement rentable du fait de l'anémie de la demande. Par exemple, la presse écrite pourrait ne pas avoir assez de clients pour être rentable. Il est vrai que le niveau d’urbanisation a aussi un impact sur la rentabilité d’un organe de presse. Les citadins tendent à consommer l’information et la publicité beaucoup plus que ne le font les villageois. La structure économique se prête mal au développement des media. L’existence d’un grand nombre d’entreprises privées serait nécessaire pour avoir une bonne activité publicitaire dans le pays. La première source de revenu des organes de presse est la publicité et ce sont les entreprises privées qui sont les clients les plus fiables de la presse dans ce domaine.
Notre point de vue est que la presse prendra beaucoup de temps pour atteindre sa vitesse de croisière. La meilleure façon de limiter les dégâts est de cesser de multiplier les
partis et factions politiques. Il serait même plus efficace pour plus de démocratie de fusionner
plusieurs partis politiques pour une meilleure exploitation des ressources humaines et financières. Nous croyons aussi qu’un débat national à propos de la constitution actuelle est indispensable. Et les élections sont un moment propice pour une discussion pareille.
Toutes les élections de 1961 à nos jours
Listes des Sénateurs de 1965
La rédaction
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