Mise en ligne le 20 Janvier, 2009

Des élections! Mais quelles élections?


L’ensemble de l’actualité nationale nous indique que les échéances électorales sont proches. Les partis politiques fourbissent ardemment leurs armes. Seulement le simple citoyen pourrait se demander si ce remue-ménage en vaut la peine.

Comme nous l’avons déjà évoqué dans un de nos articles précédents, la culture politique burundaise est encore fortement marquée par son passé féodal. Mais nous croyons qu’à ce passé assez ancien, se rattacheraient des apports très récents et étrangers. Entre autres origines de ces apports, ce serait le système communiste, version soviétique. Comme tout le monde l’a bien constaté, par exemple, au Cndd-Fdd, les congrès du parti se résument en batailles à morts entre les membres de la nomenklatura. Les simples délégués de leur parti n’ont qu’un rôle très limité, celui de battre des mains pour applaudir le vainqueur, chanter les louanges au profit du nouveau chef, mais aussi conspuer voire maudire les vaincus. L’exercice politique au sein du parti se confond à un coup de force qui porte au pouvoir certains membres et qui bannit et même massacre les autres. Il se fait en coulisse, loin des regards indiscrets, derrières les portes closes et les simples militants sont souvent mis devant un fait accompli à la manière soviétique. Et c’est ainsi que le futur chef de l’état passera son premier et important test de sélection.

Dans les différents autres partis, la situation n’est guère meilleure. Au Frodebu comme au Cndd, le candidat aux élections présidentielles a été désigné depuis bien longtemps. Les débats, les tractations, les supputations n’ont même pas eu l’occasion de se créer. Au Frodebu, ce manque d’exercice démocratique a contribué à faire sauter le parti en factions antagonistes qui aujourd’hui se regardent en chiens de faïences. Au Cndd, le chef actuel et historique de l’organisation semble ne pas souffrir de contestation, mais, ici comme ailleurs, les questionnements sont loin d’être les bienvenus. Et surtout la prochaine génération aura peu d’occasions de faire son apprentissage et devra se résigner à attendre patiemment. Les mêmes pratiques sont évidentes au sein de l’ancien parti-état. Aux dernières élections, l’Uprona s’est présentée comme un parti tutsi voué exclusivement aux intérêts des Tutsi. Cela n’a pas été une grande révélation. Tout le monde le savait. Mais les dirigeants ont eu le mérite d’être francs, de redire publiquement que leurs ambitions d’hégémonie ethnique n’ont pas pris une ride. Seulement reste à savoir si, par exemple, les batailles épiques pour la députation au sein de l’Eac (Est Afican Community) se sont faites au profit du commun des mortels tutsi. L’autre fait serait de se rendre compte que la guerre civile que leur parti a créée de toutes pièces n’a pas bien servi les intérêts du Tutsi moyen.

Et que dire des programmes politiques! Les discours des chefs sont souvent avalés par des tonnerres d’applaudissements. Les textes écrits sont une formalité, un exercice académique destinés à la galerie. Qui se souviendrait encore des projets démocratiques et de bonne gouvernance du Cndd-Fdd? Tout semble avoir été oublié et tout le monde serait prêt à recommencer le même exercice.

Les nouveaux partis qui se créent et qui seraient agréés ont le choix d’adopter et perpétuer les bonnes manières soviétiques que même les Chinois tendent à abandonner. Ou ils essaient de fonctionner comme des partis réellement démocratiques. Et pour cela, ils rendraient un bon service à leur pays en suscitant un débat démocratique au sein de leurs militants. Les Burundais moyens ont beaucoup de bonnes idées à proposer, mais ils manquent cruellement de forum. En corollaire, les candidats à toute élection devraient être élus par les membres de cellules de leur parti dans chaque circonscription. Ce serait une bonne occasion de longues causeries, de profonds questionnements sur les collines ce qui pourrait engendrer cette allégeance indispensable de l’élu envers son électorat. Ainsi, par exemple, le système de liste bloquée de candidats députés n’est rien d’autre qu’une autre “soviétisation” de la politique burundaise. Dans le cadre de ce système, les élus passent tout leur temps à soigner leur relation avec le chef de leur parti et se soucient très peu de leur électorat. A ce propos, une révision de la constitution nous semble nécessaire. Par exemple, une précision, un renforcement du pouvoir du député s’impose. Un membre de l’Assemblée Nationale, dans une bonne démocratie, est élu par la population. En cas de vacance ou de manquement, une nouvelle élection est obligatoire. Ou s’il y a conflit entre les intérêts du parti et ceux de l’électorat, le député a le choix de devenir un député indépendant ou adhérer à un autre parti pour mieux servir ses électeurs. Le cas actuel du chef de parti qui nomme des députés est un autre constat de la dictature qui règne à Bujumbura.

Ici nous n’évoquons que le seul cas de la gestion de partis politiques et ses incidences sur la vie politique du pays. Et de toute évidence, les problèmes qui s’observent au sein du gouvernement, du parlement, des tribunaux, etc.. tirent leur origine dans la gestion calamiteuse des partis politiques. Les citoyens ont leurs droits et leurs pouvoirs qui sont ceux d’obliger leur parti à tenir compte de leurs intérêts. Ils pourraient pousser les vieux partis à changer. Ou alors, ils s’investiraient dans les nouveaux partis pour les modeler à leur image. Sinon les élections seront un exercice futile comme cela fut le cas à l’époque de Bagaza.


La rédaction


Copyright @ www.amayagwa.com