Déficit profond d'équité sociale au pays. Quelles pourraient en être les raisons?

1. Approche budgétaire.

L’actualité nous rapporte tous les jours des cas, de nombreux cas de citoyens burundais qui deviennent prisonniers de et dans leur hôpital parce qu’ils ont été incapables de payer leur facture de soins de santé. Malheureusement, cette même actualité ne nous donne aucune statistique quant au nombre de personnes qui sont mortes par manque de soins appropriés. Ce nombre pourraient être très élevé au regard des données ci-dessous.

L’Education nationale est aussi mal lotie, mais, heureusement elle est mieux traitée que sa consoeur, la santé publique qui a été presque oubliée par les décideurs politiques. Le tabeau ci-dessous est assez éloquents à ce sujet.

Budget déstiné à la santé publique, à l'éducationale et à la défense nationale en % de toutes
les dépenses gouvernementales.

                                   1998      1999     2000    2001    2002

Salaires des mulitaires             34.1      28.1     26.2    26.2    21.6

Biens et Services des militaires    25.8      21.3     19.8   16.3     16.1

Total des dépenses mulitaires       59.8      49.4     46.0   37.9     37.5

Education                           15.6      13.5     13.1   13.3     15.2

Santé                               2.6       2.3      2.3    2.5       2.5

Les termes "biens et services" signifiraient: munitions, nourriture, transport, etc. dont les militaires ont besoin dans l'exercice de leur fonction. Et Ici, le mot salaires concerne seulement la masse salariale des militaires. Le total est la sommation des deux items militaires. Et nous voyons que seuls les salaires des militaires dépassent de loin l'ensemble du budget déstiné à tout le ministère de l'éducation nationale

A ces chiffes, il faudrait ajouter un indicateur important. Pour l'année 2002, la masse salariale déstnée au ministère de l'agriculture et de l'élevage était de 0.69 % de l'ensemble des salaires versés par le gouvernement. En cette meme année, ce ministère a bénéficié de 1.27 % de l'ensemble des dépense gouvernementales en matière d'opérations courantes (achat de services et matériel d'usage) et de capital. Et pourtant pendant cette année, ce secteur de l'agriculture a créé plus de 50 % du PIB (PIB constant, au prix des marchés de 1996)

2. Approche financière.

En plus de ces iniquités budgétaires, la population a subi aussi les contre-coups des politiques financières du gouvernement. Ces chiffres nous le prouvent

                                   1998       1999     2000     2001     2002

Croissance du PIB en %            16.7        13.8     12.2     7.6      6.3

Croissance de la monnaie en %     -----       1.8      16.3     31       15.08

La croissance de la masse monétaire a été souvent plus élevée que la celle du PIB, ce qui a accru l'inflation et a réduit le pouvoir d'achat du citoyen moyen. Nous devrions nous rappeler aussi que la dette du pays s'élevait en 2003 à 1245.1 millions de $us (208.7 % du PIB) avec un paiement annuel de 33.1 millions de $us en 2003. Tout cela pour gérer la guerre que les militaires ont déclenché de leur gré.

Conclusion.

Le gouvernement, par le biais de son chef, a décidé de la gratuité de l'enseignement primaire. Nous sommes d'avis que cette décision n'est pas mauvaise dans la mesure où elle pourrait accroître et démocratiser un peu plus l'élite du pays. Mais nous croyons que cela pourrait n'être qu'une illusion si aucune mesure n'est prise en faveur de la santé publique. Nous suggérerions que toute la marge de manoeuvre qui sera dégagée par l'effacement de la dette soit consacrée au soins médicaux.

Une autre mesure facile à prendre serait l'abandon définitif et total de la planche à billet. Tout le monde devrait être mobilisé pour pousser le gouvernement à oublier complètement cette pratique.

Enfin, une mesure non moins importante, serait de renvoyer rapidement à la maison la grande majorité des militaires, conformément aux Accords d'Arusha. Cela permettrait de financer des projets bien utiles au pays. Par exemple, le gouvernement aurait assez d'argent pour investir dans l'éducation. Le rôle d'une armée est de défendre les frontières nationales. Or cette armée, depuis qu'elle existe, n'a fait que tuer ceux-là mêmes qui payent son salaire et son util de travail. Seulement pour changer cet état de fait, le gouvernement devrait mettre en place une nouvelle politique de défense nationale. En est-il capable? En aurait-il le courage? Rien n'est moins sûr. Notre regretté et Président Ndadaye avait, par exemple, proposé une politique de recrutement au prorata de la population de chaque commune du pays. Je ne sais pas ce qu'il en est de Pierre Nkurunziza

Source des chiffres: www.imf.org

Patrice Ndeta

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