sentir. Ce qui est paradoxal est que le Burundi est le seul pays en Afrique où la disponibilité de trop d’eau se convertit en problème. Aux mois de mars et d’avril 2006, par exemple, les eaux de pluies sont devenues une catastrophe pour le pays car elles ont détruit des infrastructures.
Question: Si le problème est celui de l’excès d’eau, pourquoi est-ce que une partie de la population n’a même pas d’eau à boire ou n’a même pas de quoi manger après seulement une année de sécheresse ?
Réponse: Le problème est celui de la conception et de la planification. Par exemple, toutes ces rivières qui convergent vers la ville de Bujumbura pourraient être déviées et leurs eaux seraient plus efficacement utilisées. Mais à cause de mauvaises techniques agricoles, la déforestation, l’érosion des terres par le ruissellement des eaux, toute la forêt a disparu le long des rivières. Si nous pouvions dévier certaines eaux pour l’irrigation et les retourner après utilisation dans leur lit normal, nous n’aurions pas de problèmes. Par exemple, les banlieues de la ville Bujumbura ne seraient pas inondées et le lac Tanganyika ne connaîtrait pas l’ensablement. Au contraire, les paysans des environs de Bujumbura pourraient récolter et planter 12 mois par an.
Question: Etes-vous en train de dire que l’eau existe mais qu’elle est mal utilisée ?
Réponse: L’eau est réellement mal utilisée. Par exemple, dans la plaine de l’Imbo, traditionnellement, le riz ne poussait pas dans la région, mais aujourd’hui, la SRDI, une société agricole locale, fait pousser et récolte du riz. Avec le barrage sur la rivière Gatura, toute une région est irriguée. Il y a beaucoup de rivières dans la région qui pourraient aussi être bien utilisées plutôt que de les laisser démolir nos infrastructures pendant les saisons de pluies.
Question: Voulez-vous dire qu’une politique nationale de l’eau pourrait apporter des changements ?
Réponse: Absolument ! Avec une population de plus en plus nombreuse, même avec une bonne pluviosité, nous ne pourrons pas produire assez de nourriture pour notre consommation interne. Si nous attendons la pluie pour cultiver et prendre des vacances pendant la sèche, nous aurons des problèmes. Il nous faudrait donc avoir des eaux disponibles même pendant les saisons sèches. Ainsi nous pourrons nourrir toute la population.
Question: Etes-vous aussi en train de nous dire que ces disettes et famines du nord et de l’est du Burundi auraient pu être évitées ?
Réponse: Ces crises alimentaires ne devraient pas exister. Le grand public croit que la région de Bugesera qui couvre une partie de la province de Kirundo et de Muyinga n’a pas assez d’eau. Cela est faux. La région a beaucoup de rivières qui sont au nombre de 8, pour être exact. Ces rivières sont un capital permanent en eau. En plus, il y a l’eau de pluie qui peut aussi être utilisée pour l’irrigation. Ce qu’il faut, c’est utiliser rationnellement toutes les eaux pendant toute l’année pour éviter une crise alimentaire. Nous pouvons même aller plus loin en permettant à la population de gagner de l’argent. Si quelqu’un investit de l’argent, il ne le ferait pas seulement pour faire pousser des patates douces ou du manioc, mais aussi pour produire des aliments à vendre.
Question: Vous avez été ministre pendant un certain temps, qu’avez-vous fait de toutes ces ressources du pays ?
Réponse: J’ai envoyé des fonctionnaires étudier les techniques d’irrigation en Egypte et en Israël. J’ai conduit aussi une délégation d’experts au Burkina Fasso pour voir comment l’eau est utilisée pendant les longues saisons sèches. En 2005, j’ai proposé un plan et nous avons testé des techniques d’irrigation que nous avions vu dans ces pays, telles que les pompes d’eau, différentes sortes de barrages. Il s’agissait ensuite de choisir les meilleures techniques pour le pays. Malheureusement, toute l’équipe n’est plus au complet et le projet a été abandonné.
Question: Les gens s’en vont mais les politiques demeurent. Pourquoi est-ce ces politiques ne sont pas réalisées maintenant si elles ont une bonne stratégie ? Est-ce un manque de moyens ou une absence de volonté politique ?
Réponse: Ici au Burundi, nous manquons de vision à long terme. Nous devrions avoir une sorte de feuille de route, d’agenda afin que des dirigeants quittent leurs postes mais que leurs successeurs n’aient pas à tout recommencer à neuf. Nous avons l’impression de tourner en rond parce qu’il n’y a pas d’orientation claire. Les nouveaux dirigeants et cadres prennent connaissance des dossiers, acquièrent de l’expérience dans le domaine. Avec le temps, ils deviennent confortables, parfois ils changent de postes ou tout simplement déménagent pour un meilleur salaire.
Question: Quelles sont les propositions concrètes ?
Réponse: Je crois que nous devrions d’abord faire un inventaire de toutes les ressources disponibles pour connaître les régions favorables à une grande ou une petite échelle d’irrigation. L’étape suivante serait celle de la formation des cadres dans ce domaine de la gestion des eaux. Mais pour certains cadres cela serait un simple rappel ou une mise à niveau. Mais ici, il y a très peu de techniques utilisées si bien que nous devrions identifier toutes les techniques appropriées pour une meilleure gestion afin que l’eau arrive à l’endroit et au moment que nous avons choisis. Enfin, nous devrions choisir des plantes qui sont profitables pour les paysans. En plus le Burundi aurait intérêt à mettre fin à la fuite des cerveaux en accordant de meilleures conditions de travail à ces employés. Beaucoup d’experts sont allés dans les pays et compagnies où ils sont mieux pays.
Question: Croyez-vous que les Burundais sont ouverts aux nouvelles techniques ?
Réponse: Dans les régions surpeuplées comme celles de Ngozi et Gitega, les endroits marécageux ont été préparés pour les fermiers en vue de la riziculture. Quand les cultivateurs ont constaté que le riz rapportait plus d’argent, ils ont adopté la riziculture. Partout où l’eau est disponible, ils plantent du riz ou des légumes. Certains tendent même à abandonner l’agriculture du haricot au profit de celle du riz et des légumes qui se vendent mieux. Oui ! Les paysans peuvent adopter de nouvelles techniques pour une meilleure sécurité alimentaire.
Source: IRIN
La rédaction
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