Nous ne capitulerons jamais! (Winston Churchill)

Oui! La mauvaise gouvernance, l'ignorance et la pauvreté ne sont pas une fatalité. Nous pouvons les vaincre.

Mis en ligne le 22 Décembre 2009
Par Patrice Ndeta

RD Congo : Une analyse du rapport du groupe d’experts de l’ONU

Le rapport des experts de l’ONU démontre l’existence des réseaux internationaux qui sont étroitement liés à l’exploitation de l’or, de la cassitérite, du diamant, du coltan. Ces minerais illégalement exploités de la RDC, transitent par le Rwanda, le Burundi, l’Ouganda, la Tanzanie, le Kenya pour être vendus en Belgique, aux Emirats arabes, en Chine, Dubaï, Bombay, Entebbe, Anvers, Hong Kong… Quant aux noms des entreprises, on cite en passant Glory minerals, Tony Goetz & Zonen, Commercial Impex Ltd, Etablissement Namukaya, Gold Burundi Link Tranding devenue par la suite Berkenrode BVBA installée en Belgique, Machanga Ltd et UCL LKtd, Emirats Gold, Huayangi Trading Company (HTC), Afro Ventures Ltd (Hong kong), Métaux réfractaires Mining Company Ltd, toujours à Hong Kong… En ce qui concerne les groupes armés, il y a les FDLR, le CNDP, le PARECO, les Maï-Maï et les FARDC mêmes.

A la lecture de ce rapport révoltant, la RD Congo, seule ne saurait résoudre ce cas de pillage de ses ressources minières. Toutes les initiatives de paix à l’image de celle de la

conférence de Goma en janvier 2008 ne seraient que distraction. Le mal est très profond et dépasse les frontières tant nationales, que régionales. Il revient au Gouvernement de Kinshasa d’assumer pleinement ses prérogatives constitutionnelles pour appeler à la tenue d’une «Conférence internationale sur le pillage des minerais en RDC».

L’approche des Etats-Unis et de l’Europe vis-à-vis du conflit à l’Est de la RDCongo risque de perpétuer les racines du conflit plutôt que de le résoudre. L’approche est obsessivement calibrée sur le rôle des FDLR et autres groupes rebelles et laisse dans l’ombre le rôle joué par l’Ouganda et le Rwanda. Le Rwanda est le principal point de transit des minerais pillés en RD Congo par les groupes rebelles (FDLR, CNDP et bien d’autres) supposés être pourtant une menace pour la sécurité de cedit pays.

Selon Dow Jones, les exportations minières du Rwanda sont passées à 20% en 2008 par rapport à l’année précédente grâce aux recettes provenant du tungstène, cassitérite et coltan, trois principales matières premières dépourvues de son sol. On estime que si le pillage des minerais du Congo par le Rwanda continue au même rythme qu’il est aujourd’hui, ses revenus pourraient atteindre 200 millions de dollars US en 2010. Herman Cohen, ancien Secrétaire d’Etat américain aux Affaires africaines le dit mieux que n’importe qui, quand il affirme «ayant réussi à contrôler les Kivus pendant 12 ans, le Rwanda n’est pas prêt à se priver des richesses de cette région qui lui procure un pourcentage significatif de son produit national brut». Aussi longtemps que l’Occident donne carte blanche à Kagame, le conflit et l’instabilité persistera au Congo.

Le Rwanda est l’un des principaux passages pour l’exportation illicite des minerais du Congo, mais dans l’approche des Occidentaux qui fustige les groupes armés tirant profit du pillage des minerais du Congo, il n’y a aucune mention du Rwanda, le plus grand bénéficiaire du conflit et du pillage des ressources du Congo qu’il alimente depuis tant d’années. Tous ces pays occidentaux, qui se font les défenseurs de la paix, auraient certainement plus de crédit s’ils exerçaient une pression sur les multinationales qui sont directement associées avec le financement de la guerre et l’exploitation du peuple congolais. Les noms de ces corporations sont pourtant bien connus. Parmi celles-ci, on cite entre autres Traxys, OM Group, Blattner Elwyn Group, Freeport McMoran, Eagle Wings/Trinitech, Lundin, Kemet, Banro, AngloGold Ashanti, Anvil Mining, et First Quantum.

L’approche de la Communauté Internationale fait abstraction absolue de la question de la souveraineté des ressources, point central de la guerre géostratégique sur les richesses du Congo; une guerre qui a justifié l’assassinat par l’Occident en 1961 de Patrice Lumumba, Premier ministre démocratiquement élu du Congo et l’installation au pouvoir du dictateur Mobutu pendant trois décennies. C’est au nom de cette même philosophie que les Etats-Unis ont soutenu et financé l’invasion du Congo en 1996 et 1998 par le Rwanda et l’Ouganda, au détriment du mouvement non-violent et pro-démocratique populairement supporté, début des années 1990, par les masses congolaises lors de la Conférence nationale souveraine.

L’obsession à focaliser les efforts dans la partie Est du Congo riche en minerais cache mal les intentions des lobbies à Washington qui préconisent sans cesse la balkanisation du Congo. L’opinion selon laquelle le conflit du Congo est solvable seulement en mettant fin aux «métaux de guerre» n’est pas réaliste. La solution plausible et probablement aussi la plus rapide serait plutôt diplomatique et politique. On a déjà vu comment la pression internationale peut être efficace. C’est le cas de la mise au garage en janvier 2009 de Laurent Nkunda et de la démobilisation du CNDP, son groupe rebelle, par celui-là même qui en était le commanditaire, le président Paul Kagame du Rwanda. Des pressions plus robustes devraient être exercées sur Kagame et Museveni qui sont à la racine du conflit depuis 1996. Les pays occidentaux devraient forcer tous les acteurs de la crise à s’asseoir autour d’une table de négociation, plutôt que de renforcer l’approche militariste avec sa dichotomie des «bons» contre les «mauvais». La réalité est bien plus sombre que l’image du Blanc et Noir comme on le croit.

Cette approche politique et diplomatique que l’on pourrait recommander à la Communauté internationale devrait être fondée sur les prescriptions suivantes:

1. Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne devraient peser lourdement sur leurs clients le Rwanda et l’Ouganda avec menace de suspendre l’aide, si nécessaire.

2. Imposer des sanctions sur les compagnies et individus engagés dans le trafic des minerais avec des groupes rebelles ou avec l’aide des pays limitrophes au Congo, articulièrement le Rwanda et l’Ouganda.

3. Rejeter sans la moindre tergiversation la militarisation de la région des Grands Lacs par le truchement de l’AFRICOM qui a déjà causé plus de misère aux populations civiles.

4. Rejeter le renforcement des régimes autoritaires comme celui de Museveni en Ouganda, (en place depuis 1986) et de Kagame au Rwanda, (qui a gagne les élections en 2003 avec 95% des votes); Rejeter la restriction de l’espace politique dans tous les pays de la région des Grands Lacs par ceux qui sont au pouvoir.

Comme plusieurs observateurs congolais l’avaient prédit, aujourd’hui le Gouvernement de Kinshasa et l’ONU cherchent des boucs émissaires à sacrifier sur l’autel de l’occupation militaire rwandaise du Kivu avec son lot des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. Parmi ces boucs émissaires, on trouve les FDLR, les Mai-Mai, certaines ONG, des prêtres, etc. La confection de cette liste des boucs émissaires est l’œuvre des experts internationaux travaillant sur le compte de l’ONU. Toutefois, la liste des personnes qui facilitent l’achat des armes et celle des banques par lesquelles transitent des millions de dollars pour alimenter la guerre et blanchir l’argent du coltan de sang manquent cruellement dans les rapports des experts.

Pour plusieurs observateurs, la mise à l’avant-scène des FDLR, des Mai-Mai, et des Confessions religieuses a préfiguré les cibles prochaines de la guerre de conquête du Kivu. Les cambriolages des couvents au Sud-Kivu ainsi que la guerre totale contre les Mai-Mai du Kivu ne sont pas de faits du hasard. A propos du travail des experts, l’omission des parties principales au conflit congolais, à savoir le Rwanda et l’Ouganda, pousse les observateurs à dénoncer une volonté délibérée de certaines grandes puissances de couvrir les militaires rwandais et ougandais qui s’infiltrent actuellement dans les provinces de l’Est de la RD Congo et de couvrir les manœuvres d’occupation progressive des provinces de l’Est du pays.

On espère que les experts de l’ONU honoreront leur qualité d’experts pour établir sans complaisance toutes les responsabilités nationales, régionales et internationales dans la guerre qui sévit en RD Congo depuis 13 ans et qui a coûté la vie à 7 millions des Congolais. Les Congolais attendent d’eux de pousser leurs conclusions jusqu’à l’évidence de l’expansionnisme territorial rwandais vers les mines du coltan du Kivu. Autrement, on peut arrêter tous les Hutu de par le monde, imposer l’embargo des armes aux FDLR et aux Mai-Mai du Kivu, mais tant qu’on laissera agir le Rwanda et l’Ouganda, deux pays qui ne cachent pas leurs ambitions territorialistes et expansionnistes, il n’y aura pas de paix au Kivu. Et, tant que les grandes puissances manipulatrices du Conseil de sécurité de l’ONU chercheront à dédouaner le Rwanda et l’Ouganda de leurs lourdes responsabilités dans le conflit congolais, il n’y aura ni paix ni développement au Kivu.

Ainsi, tout réseau de financement terroriste doit être démantelé dans la région: celui des FDLR, mais aussi du CNDP et de la LRA. La même justice internationale doit s’occuper du dossier des terroristes Laurent Nkunda et Bosco Ntaganda qui constituent un éléphant dans la maison Congo, pour que la crédibilité de la justice internationale n’en pâtisse (si elle ne l’est pas déjà) et pour ne pas laisser les vieux loups de la Région des Grands Lacs Africains s’échapper vers les pâturages verdoyants du Kivu.

Des mouvements massifs des populations en provenance du Rwanda s’observent de plus en plus dans les territoires de Masisi et Rutshuru depuis près de 4 mois maintenant. Ces personnes traversent clandestinement la frontière à partir de Kibumba, à une vingtaine de kilomètres au nord de Goma, sur l’axe Rutshuru. Leur nombre est estimé à plus de 12 mille familles. Ils se réclament être des réfugiés congolais, a indiqué Laingulia Njewa, coordonateur de la Commission nationale pour les réfugiés au Nord-Kivu (CNR). Selon toujours le coordinateur de la CNR, ces retournés n’ont aucun document sur eux attestant leur statut de réfugiés au Rwanda. Accompagnés de leurs bétails pour certains, ils se sont installés dans des villages tels que Kirolirwe, Kitshanga, Mushaki, Bihambwe, dans la ferme de Kisuma et ailleurs. 80 % de ces populations déclarent provenir des camps de réfugiés de Byumba et Kibuye au Rwanda. Le coordonnateur provincial de la CNR précise: «En ce qui concerne les motifs qu’ils avancent, ils disent qu’il y a diminution de la ration dans les camps et qu’ils profitent de la rentrée scolaire pour faire inscrire leurs enfants ici à l’école. Toutefois, selon les informations que nous avons, le mouvement au niveau des camps des réfugiés au Rwanda est stable et ne connaît aucun taux de diminution». Le retour de ces réfugiés crée des frustrations au sein des populations de Masisi et de Rutshuru.

Le 24 novembre, le ministre de la Communication et Médias et porte-parole du gouvernement, Lambert Mende, a qualifié cette situation d’anormale. Toutefois, il a été formel: «Il est difficile d’établir le nombre définitif de réfugiés congolais au Rwanda à partir de seuls chiffres du HCR. Car, ces chiffres ne comptent que les individus vivant dans les camps. Nous savons qu’il existe des réfugiés qui sont hébergés dans des familles. Ceux qui sont revenus l’ont fait de manière plus ou moins anarchique. Mais, si ce sont des Congolais, ils ont le droit de rester dans leur pays. S’ils sont Congolais, nous le saurons, car ils seront vérifiés. Ils seront vérifiés qu’ils le veuillent ou non, et si ce sont des étrangers, ils seront rapatriés dans leur pays».

Une carte établie par le PNUD dit tout du coup de force que la communauté internationale voudrait assener à la RD Congo. Plusieurs zones et villages désignés comme «zones de retour prioritaire durable» ou «zones de retour potentiel» des réfugiés n’ont jamais connu de population rwandophone (Tutsi ou Hutu). Plusieurs zones dites de retour n’ont jamais vu une partie de leur population se réfugier au Rwanda ou en Ouganda. Ainsi, il ne s’agit pas de retour mais d’une agression, car on ne retourne que là où l’on avait été auparavant.

Cette carte du PNUD montre aussi que les villages victimes d’incendies sont des zones dites de retour prioritaire ou potentiel, ce qui confirme la thèse selon laquelle les incendies des villages préparent l’occupation rwandaise: il faut chasser par le feu les populations congolaises de leurs terres pour les faire occuper par des rwandais. Le mobile économique est aussi visible dans cette carte du PNUD. Les zones riches en pétrole (vallée de la Semuliki), coltan, or, diamant, cassitérite (Vuyinga-Manguredjipa), etc. sont celles reprises sur cette carte comme zones de retour prioritaire.


Georges Ombinda, Chercheur indépendant

Sources: Le Potentiel, RD Congo

La rédaction


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