Mise en ligne le 14 Mai, 2007

Une hausse de salaire ou un simple leurre


Ce 1 mai 2007, le gouvernement burundais a accordé une hausse de salaire à ses fonctionnaires. Cette augmentation de salaire est plus que nécessaire, même si elle demeure minime par rapport aux besoins des salariés. A cause de l’inflation, la dernière augmentation, celle du 1 mai 2006, qui était de 15 %, a rapidement fondu comme de la neige au soleil ou plutôt comme de le grêle dans un champ de haricot en fleurs. Qu’en est-il de cette nouvelle hausse de salaire ? De la poudre aux yeux des salariés de l’Etat ? La réponse réside dans le processus inflationniste.

Déficit budgétaire en % du PIB
	2005				16.7
	2006				21.4

N.B. Les donnees de 2006 sont des estimations.

La première source de l’inflation est le budget national. Comme nous le voyons, le budget national du Burundi a subi un grand déficit. Pour l'année 2006, le déficit s’est accru en terme relatif, par rapport à 2005. Pour l’année 2005, les données sont basées sur des observations, alors que pour 2006, les données ne sont que des estimations. Et selon les mêmes estimations, cette année 2007 ne sera pas bien meilleure. Le gouvernement pourrait être tenté d’accroître le taux d’imposition, de taxation ou de tarification, ce qui crééra de l’inflation.

Croissance du PIB en %
2004				4.8
2005				0.9
2006				5.1

N.B. Les données de 2006 sont des estimations

Une autre source vient de la production. La production intérieure du Burundi serait en meilleure condition qu’elle ne l’a été ces trois dernières années. C’est probablement une des dividendes de la paix. Mais cette croissance reste modeste. Pour de petits pays pauvres, la croissance doit rester autour de 10 % pour combler le gouffre de misère. Donc l’offre des biens et services demeure très faible pour satisfaire la demande et réduire l’inflation.

Déficit commercial en % du PIB
2005				22.7
2006				24.8

N.B. Les données de 2006 sont des estimations

Un autre problème vient du commerce international. Le pays a toujours un déficit commercial, et en 2006, ce déficit s’est accru par rapport à 2005. Ceci est une preuve que la demande pour des biens et services est très élevée et que des pressions inflationnistes sont réelles. Bien plus, le pays se retrouve non seulement à enrichir les pays étrangers, mais aussi à importer l’inflation qui sévit à l’extérieur de ses frontières. Ce déficit commercial est chronique et presque généralisé à l’ensemble de l’Afrique. Si le pays continue d’accroître ce déficit, il aura peu de pouvoir sur la stabilité des prix.

L’offre de monnaie et de la quasi-monnaie (M2) en millions de FBU (francs burundais)
			Masse			Croissance annuelle en %
2002		    139859.5		  ----------------------
2003		    171246.4			  22.4
2004		    217137.9			  26.7
2005		    257677.8			  18.67
2006		    300724.8			  16.7

Mais le problème le plus important vient de la politique monétaire du pays. Bon an mal an, surtout ces derniers dix ans, le pays a toujours fortement fait fonctionner sa planche à billets, à imprimer trop de billets. Cette croissance de 2006 est certes un peu moins élevée qu’elle ne l’était les années précédentes, mais elle demeure très élevée si on la compare à celle du PIB. Contrairement aux autres cas que nous venons d’évoquer, les chiffres de l’offre de monnaie sont des observations, des chiffres qui nous viennent de la Banque de la République du Burundi. Le gouvernement cherche, par cet usage abusif de la planche à billets à payer ses factures, mais en même temps, il exhibe au grand jour son incompétence. Plutôt que d’offrir un médicamant, le médecin burundais sert un placebo.

Tous ces faits combinés pourraient créer une inflation qui pourrait être plus élevée que celle estimée. Si cela devait être le cas, la hausse de salaire pourrait disparaître en fumée. Et je crains beaucoup que cela ne soit déjà le cas. Et pourtant la solution est bien simple. La première décision devrait être d’abandonner à jamais l’usage démesuré de la planche à billets. Le pays est bien souverain dans ce domaine de la politique monétaire. Les syndicats des travailleurs feraient mieux de faire des pressions dans ce sens sur leur gouvernement, plutôt que de réclamer des hausses de salaire. C’est à coup sur, l’inflation qui a englouti le pouvoir d’achat des salariés. Et la plus grande cause vient de cet usage irresponsable de la planche à billets qui a, par ricochet, saccagé le cours de la devise nationale : le franc burundais


Sources: www.imf.org, www.brb.bi


La rédaction


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