constaté qu’il n’en était rien. Le CNDD-FDD a remporté une victoire nette, décisive, mais le score est loin d’être soviétique.
Est-ce que le président de la CENI, M. Ndayicariye, a trafiqué les chiffres? C’est cela l’autre accusation. C’est possible, cela s’est déjà vu dans d’autres pays. Mais pour l’affirmer, il faut des preuves solides, très solides. Des jugements aussi graves, portés aussi légèrement minent la crédibilité du juge, surtout quand la personnalité jugée est aussi importante.
Il y a beaucoup d’autres déclarations qui font sursauter. Le parti présidentiel aurait usé de la terreur pour influencer le vote en sa faveur. Mais plusieurs partis ont des miliciens. Qu’est ce que ces miliciens ont fait? Ils n’ont fait que chanter et danser? Ce serait peu
plausible de dire oui. Dans Bujumbura-Rural, fief du FNL, certains électeurs auraient subi des pressions indues en faveur du parti de Rwasa. Dans le Mugamba et le Bututsi, le péril hutu a été sûrement servi d’épouvantail. C’est assez significatif que les trois partis qui, dans le passé, ont usé excessivement et parfois gratuitement de la violence arrivent bons premiers de la course.
Le parti de Pierre Nkurunziza aurait aussi arrosé tout le monde de liasses de billets de FBU. Nous croyons que tout le monde s’y attendait. Il y aurait eu aussi des bourrages d’urnes sur les lieux du vote et même en dehors des bureaux de vote. Mais il n’y aurait aucune image, aucun son pour étayer toutes ces accusations. Ce qui est paradoxal, il y aurait eu des mandataires abandonnés à eux-mêmes, le ventre et les poches vides. La Cosome a aligné sur les lieux des observateurs à quatre sous. Et les observateurs internationaux n'ont rien vu.
Maintenant les mêmes dirigeants de l’opposition brandissent quelques preuves de leurs accusations. Ils ont montré des sacs de votes que le parti présidentiel aurait caché dans certains endroits. Mais ces votes totaliseraient quel pourcentage du vote? Apparemment le total des cartes découvertes ne ferait même pas 1 % des 3.2 millions de votes.
Encore plus cocasse, beaucoup de ces dirigeants de l’opposition menacent de ne pas participer aux prochaines élections. Est-ce que leur menace est crédible? Nous dirions non! M. Nkurunziza pourrait faire ses élections avec ses partis satellites. Ce serait une aubaine pour les Minani, Habimana et autres Kenese.
Les véritables causes de la défaite de l’opposition sont simples et multiples. Le trop grand nombre de partis en lice est un grand handicap pour les partis qui sont dans l’opposition. Chacun des partis dispose de peu de moyens financiers et peu de ressources humaines pour la gestion quotidienne des ses opérations et pour mener une campagne électorale.
Beaucoup de partis d’opposition n’auraient pas été assez présents sur le terrain. Le parti présidentiel a très probablement usé de la terreur et distribué de l’argent. Dans chaque coin du pays, il aurait fallu quelqu’un pour, d’abord recueillir les témoignages, puis démentir les propos du parti présidentiel, remonter le moral de la population et présenter l’alternative. Les dirigeants de l’opposition auraient envahi brusquement les collines quelques jours avant les élections. La population a, pendant 5 ans, été abandonnée à elle-même face à l'arbitraire de l’administration territoriale, de la police et des Imbonerakure (la milice du parti présidentiel). Et chaque citoyen sait qu'au lendemain des élections, il sera seul face aux mêmes personnes du pouvoir que même les dirigeants de l'opposition n'osent pas affronter.
Le verdict sévère qui vient d’être rendu par les urnes est à la mesure des erreurs de l’opposition. Seulement, tout n’est pas tout à fait perdu. Par exemple, les élections des membres de l’Assemblée Nationale sont gagnables pour autant qu’un bon diagnostic soit fait et que des moyens appropriés soient mis en oeuvre.
Ceux qui décideront de boycotter les élections, ils devront aussi être conséquents. Ils seront probablement aussi obligés de quitter la politique ou le pays. Nous croyons qu’une forte dictature se mettra en place. M. Rwasa, qui ne croyait probablement pas si bien dire, a parlé de monopartisme de fait. Nous, nous dirions que cela pourrait aller jusqu’au bonapartisme. Seul Pierre Nkurunziza sera le parti et l’état. Tous ceux qui ne seront pas d’accord avec lui devront se taire ou prendre le chemin de l’exil. Notre jugement est peut-être trop sévère. Seulement nous aimerions beaucoup que l’avenir nous contredise.
La rédaction
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