L’édition 2009-2010 de l’Indice et du Rapport de la Compétitivité Globale sont sortis récemment. L’Indice de la Compétitivité Globale montre la note totale de chaque pays en matière de performance économique. Elle donne aussi le rang que chaque pays occupe dans le concert des pays en cette matière. Envers le Burundi, le jugement a été sévère, capital. Sur les 133 pays étudiés, le Burundi est le 133ème. C’est tout dire. Le Rapport de la Compétitivité Globale, lui, va dans les détails. Il accorde une note et un rang associé à cette note par secteur, industrie et niche. Le jugement envers le Burundi demeure impitoyable. Mais il permet d’identifier les lacunes mais aussi de relever quelques éléments de bonne performance.
1. Faiblesse du pays
L’économie burundaise est dans une situation catastrophique. Cette étude vient confirmer ce que tout le monde savait. Bien plus, elle nous aide à nommer les différents handicaps de notre système de production.
Selon cette étude, le plus grand handicap est la structure financière. La population n’a pas presque pas accès aux services financiers. Le marché financier est embryonnaire, les banques sont quasiment inconnues, la fluidité du capital est quasi nulle, la structure des valeurs mobilières est quasi inexistante. Le constat est très amer, mais sans surprise. Près de 90 % de la population vivent de l’agriculture de subsistance. Leur “compte en banque” est constitué de leur lopin de terre, leurs poules, leurs chèvres, leurs cochons ou leurs vaches. Parmi les 10 % de Burundais, il y a les artisans, les commerçants au détail, les restaurateurs, etc qui évoluent dans l’économie informelle et donc font rarement affaires avec une institution financière. L’autre explication est que le marché financier burundais est oligopolistique. Le nombre de banques peut se compter sur les bouts d’une main. Le résultat est un manque de compétition ce qui désavantage les acteurs de l’économie réelle. D’un autre côté, il serait difficile d’investir dans cette industrie quand les consommateurs sont pauvres et peu nombreux.
Le deuxième problème en importance est la corruption. Les fonds publics sont détournés impunément, le droit de propriété est peu respecté, le système judiciaire n’est pas neutre, le crime organisé est omniprésent, la gestion des institutions publiques et para-publiques est opaque et l’éthique est une utopie chez les détenteurs du pouvoir. Cela correspond à ce que nous apprenons tous les jours de l’actualité. C’est le Cotebu qui a été acculé à la faillite et la Sosumo qui pourrait l’être bientôt. C’est aussi la Regideso qui est incapable de faire face à la demande de ses clients. Ce sont les règles et les lois d’acquisition des marchés publics qui ne sont pas respectées. Ce sont des attaques et cambriolages à main armée qui sont légion, etc..
Une suite de problèmes découle de ces deux derniers. Les infrastructures sont en piteux état. Les routes, les écoles, les hôpitaux, les ports, les équipements, sont non seulement très vieux et désuets, mais ils sont aussi en quantité insuffisante. Il y a aussi une instabilité macro-économique. Le pays connaît depuis toujours des déficits budgétaire et commercial. Le taux d’inflation est toujours élevé et le taux national d’épargne est constamment négatif. L’autre problème associé à ces derniers est la quasi-absence de nouvelles technologies. L’accès à internet est très limité, les ordinateurs sont rares dans le pays et le secteur manufacturier est encore une chimère. Le tableau est très sombre. Et il est compréhensible que jugement soit si sévère.
2. Forces du pays
A l’intérieur de ce magma dégueulasse, des ilots de forces, de bonnes performances existent. Ils ne sont pas nombreux mais ils permettent de créer de l’espoir. Ces atouts sont une révélation de cette étude, c’est pourquoi j’utilise le conditionnel dans ce paragraphe.
Le premier point positif est la participation au concours. Le nom du Burundi figure bien sur la liste alors que plus d’une cinquante de pays en est exclue. Parmi les pays africains, seule une trentaine est cotée. Et parmi les Africains absents, nous pouvons noter certains de nos voisins, tels que le Rwanda, les deux Congo, etc.. Le Burundi peut s’estimer heureux d’avoir pu participer au test.
Au niveau de l’activité économique, le marché burundais présenterait un avantage compétitif. Le secteur n’est pas spécifié, mais il serait facile de constater que, par exemple, le secteur manufacturier peut être compétitif. L’autre atout du Burundi serait son système d’instruction et de recherche. La formation en mathématique, en sciences et en gestion serait d’une bonne qualité. Le Burundi est parmi les 63 premiers pays dans le monde dans ce domaine. Au niveau africain, il pourrait être un leader. Les institutions de recherche se compareraient assez bien aux autres. Le pays est le 94ème dans le monde. Le gouvernement serait donc bien inspiré s’il stimulait ces secteurs par l’amélioration du salaire des enseignants, l’achat d’équipements modernes et la construction de nouvelles écoles et universités. Ces points pourraient faire partie d’une carte de visite pour attirer des investisseurs dans le domaine de recherche. Mais la meilleure performance du pays se trouve dans le marché du travail. Les travailleurs burundais seraient prêts à travailler pour un petit salaire et dans des conditions difficiles ce qui est aussi un atout pour attirer des entreprises dans le pays. Le pays serait même parmi les 3 premiers dans le monde quant à l’intégration des femmes dans le marché du travail.
Conclusion
Cette étude donne un portrait de la performance économique du pays. Elle s’ajoute à bien d’autres qui ont été faites par d’autres organisations. Et les ressemblances avec ces autres études sont assez grandes. Il serait donc difficile de décider que cette étude est biaisée. Nous croyons plutôt qu’il serait dans l’intérêt des Burundais d’améliorer davantage leurs points forts pour en faire leur spécialité, leur niche. Ensuite, pour des raisons de diversification, ils travailleraient leurs points faibles pour les rendre de plus en plus faibles. Par exemple, une croissance du secteur manufacturier soutiendrait l’enseignement et la recherche. Et tout cela aurait des chances d’améliorer l’industrie financière qui serait attirée par l’activité économique. Et l’ensemble de l’activité économique pourrait améliorer la qualité des media, réduire la dépendance de l’élite envers le pouvoir politique et ainsi diminuer sensiblement la corruption.
La rédaction
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