Les Accords d’Arusha et surtout les élections de 2005 nous ont fait une éloquente révélation. En 2000, 17 partis politiques ont signé les Accords d’Arusha. Cinq ans plus tard, 35 partis politiques ont participé aux élections législatives. L’accroissement a été de 100 %. A l’approche des échéances électorales de 2010, la machine à enfanter les partis politiques s’est remise en marche. Et si la logique de 2005 prévaut, le Burundi aura affaire à plus d’une soixantaine de partis politiques en 2010.
Les Burundais se sont payés une dictature militaire pendant plus d’une génération pour ensuite entrer dans une guerre civile pendant plus d’une décennie. Aujourd’hui, ils éprouveraient beaucoup de plaisir à faire ce qui leur était interdit par leurs différentes juntes militaires. Ils seraient très fiers de participer à la solution de l’impasse actuelle. Et pour une impasse, il y en a une. Le parti CNDD-FDD a, depuis son arrivée au pouvoir, ignoré complètement l’esprit et même la lettre de la Constitution. Par la suite il s’est, très allègrement, disloqué en plusieurs factions antagonistes. La suite est facilement observable aujourd’hui: c’est l’insécurité, la corruption et même le désordre général. Paradoxalement, les 35 partis politiques sont presque tous muets, invisibles. Certes, quelques-uns d’entre eux, ceux représentés au parlement, se montrent un peu actifs, mais leurs actions seraient lentes, voire inopportunes aux yeux de certains citoyens. La création de nouveaux partis politiques s’expliquerait par cette apparente impasse. Et personne ne devrait dénier à personne le droit d’expression et d’association qui sont des droits fondamentaux et inaliénables. Et surtout, tout le monde devrait se prévaloir de ce devoir de sortir la nation de la crise.
Actuellement, trois ou quatre partis semblent actifs. Cela veut dire qu’il y a une trentaine d’autres qui dorment d’un profond sommeil. A l’approche de 2010, ils pourraient se réveiller avec la grande combativité et la fraîcheur acquises de leur long repos. Si cela devait être le cas, y aurait-il assez de ressources dans le pays pour tous les acteurs? Il n’est pas nécessaire de recourir aux arguments académiques pour reconnaître que, dans un cadre démocratique, la gestion d’un parti a besoin de moyens. Chaque cellule devrait avoir son autonomie au niveau de moyens humains et financiers. La mise en place d’un agenda, la préparation et le déroulement de débats, le financement des activités, etc.. tout cela nécessite des personnes aguerries et de l’argent qui peuvent être rares. Le pays est pauvre. Et les pandémies et les différents cycles de massacres ont réduit le nombre de cadres sages, formés et expérimentés. En particulier, il peut être très difficile de trouver des centaines de sages sur chaque colline, et pourtant il faudrait en trouver pour satisfaire toutes les cellules. Pour le financement, certains partis pourraient s’en remettre à l’aide de quelques riches commerçants nationaux et étrangers. Ce fut malheureusement le cas dans un passé récent et cela serait une des causes de problèmes actuels. L’aide du commerçant est un investissement qui devra générer des dividendes à terme. Un parti qui s’embarquera dans ce genre d’affaire, et très probablement, il y en aura quelques-uns, sera en train de perpétuer les problèmes nationaux. Cela voudrait dire qu’il y aura des compagnies qui auront facilement des contrats gouvernementaux mais ne se sentiront pas obligées d’honorer leurs engagements ni de respecter la loi.
La multiplication de partis politiques accentue les problèmes de ressources. Elle peut aussi être à l’origine de la radicalisation. Cela est assez évident dans le cas de factions d’un même parti. Chaque faction essaie, souvent, d’être plus extrémiste qu’une autre. Elle fait tout pour présenter ses adversaires et rivaux comme des agents au service de l’ennemi et même au service du mal. Cela est vrai aussi quand plusieurs différents partis s’adressent à un même électorat. En l’occurrence, un parti hutu tendra à présenter les autres partis hutu comme des acteurs au service des Tutsi. Il en est de même d’un parti tutsi qui, en mal d’arguments, serait tenté de coller l’étiquette de laquais de Hutu, à un autre parti tutsi. Nous espérons que les nouveaux partis sont préparés à mener la bataille dans ce contexte d’extrémisme potentiel. Seulement dans la mêlée de la bataille électorale, la nature de coups que chacun donne est à l’image de celle de coups qu’il reçoit.
En général, plutôt que tendre vers les extrêmes, les partis tendent à aller vers le centre dans le but d’attirer le maximum de votes. Le meilleur moyen de le faire est d’avoir plusieurs partis sans en avoir beaucoup. Le meilleur modèle est le bipartisme. Chez les Anglo-saxons, chaque pays compte deux partis politiques et la démocratie ne s’en porte pas si mal. D’un côté les USA avec leur système présidentiel et d’un autre côté, le Royaume-Uni et l’Australie avec leur système parlementaire sont un bon modèle de démocratie. Les pays européens constituent un autre modèle. Chaque pays s’est doté de plusieurs partis dont le nombre est bien supérieur à deux. Mais aucun de ces pays ne compte des dizaines de partis politiques. Néanmoins, pour avoir plus de deux partis, ces pays font face, souvent, à des gouvernements de coalition, et parfois, avec un parti extrémiste. Lors de dernier référendum sur “’Europe”, en France, les petits partis extrémistes ont beaucoup plus créé un problème que proposer une solution.
Bref, ce n’est pas le grand nombre de partis politiques qui témoigne de la bonne qualité de la démocratie. Ce serait plutôt l’engagement sans faille des dirigeants envers la démocratie. Cela se vérifierait, par exemple, par le respect des droits fondamentaux des citoyens, tels que le respect de la dignité humaine, le droit d’expression de la personne. Ce serait aussi la bonne marche des institutions telles que le gouvernement, le parlement, les tribunaux, les forces de l’ordre, conformément à la loi. Nous ne voyons pas comment les nouveaux partis, une fois arrivés au pouvoir, pourront, par exemple, ramener la sécurité ou empêcher les partis politiques de désagréger en plusieurs factions antagonistes.
Tout le monde nous aura compris. Nous n’avons aucune science infuse à communiquer, ni ne constituons une autorité en matière de droit. Nous n’avons, non plus, ni l’intention, ni le pouvoir d’empêcher la création de nouveaux partis politiques. D’ailleurs nous espérons que le pouvoir de Bujumbura agréera tous les nouveaux partis qui en feront la demande. Nous croyons même que certaines factions devraient accepter de se convertir en parti indépendant de leur parti-père plutôt que de continuer à empoisonner la vie de leurs factions-soeurs.
Mais l’objectif de notre propos est de vous convaincre d’éviter la prolifération d’organisations politiques. De notre point de vue, 3, 4, au maximum 5 partis suffisent amplement. Il n’y a aucune raison d’avoir une dizaine de partis politique dans ce petit et pauvre pays. Ceux qui sentiraient une vocation d’aider notre pays, ils pourraient le faire en créant et en gérant leur entreprise privée à but lucratif. Ce faisant, ils enrichiraient notre pays et réduiraient le chômage. Cela peut se faire dans le cadre, par exemple, d’une coopérative, d’un partenariat d’affaire ou d’une entreprise familiale. Pour ceux qui n’auraient pas le sens des affaires, ils pourraient se tourner vers les entreprises non lucratives, telles que les ONG, pour mobiliser et encadrer la population pour plus de droit, de bien-être, de culture, etc... Et ces objectifs sont aussi bien louables que ceux de partis politiques.
La rédaction
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