Mise en ligne le 09 Avril 2006

Qu’en est-il de la Commission Vérité et Réconciliation ?


Pendant les négociations des Accords d’Arusha, les politiciens burundais ont été très loquaces, ils ont même donné l’impression d’être inspirés. Ils ont dénoncé avec véhémence les injustices et les atrocités dont leur peuple était victime pendant ces 40 dernières années. Et sur ce point, je serais de ces très nombreux burundais qui les ont ovationnés de tout mon coeur. La Commission Vérité et Réconciliation est née dans ce contexte de communion entre le peuple et ses dirigeants.

1. Autorité de la Commission

Depuis l’an 2000, date de la signature des Acccords d’Arusha, rien n’a été fait et très peu d’idées nouvelles ont été mises de l’avant. Nous pouvons nous réjouir, néanmoins, que les partis Frodebu et CNDD sortent de leur mutisme et fassent quelques propositions. Le parti de Pierre Nkurunziza tiendrait à limiter le membership de la Commission aux seuls politiciens. La proposition du Frodebu d’accorder une bonne place à la société civile est un grand pas dans le bon sens. Nous dirions quant à nous que la société civile devrait occuper une place prépondérante. Il serait même mieux que ce soit un membre de la société civile qui soit nommé à la présidence de la Commission. La neutralité et l’objectivité sont absolument nécessaires pour faire de bonnes enquêtes et pour porter un jugement adéquat. Il resterait ensuite à définir le profil et les pouvoirs du président de cette commission. Les Sud-Africains qui nous servent de modèle ont nommé leurs Prix Nobel à la tête de leur Commission. Faute de Prix Nobel, le Burundi nommerait des « nobélisables » qui, comme tout le monde le sait, ne sont pas légion. Un « nobélisable » confèrerait une grande crédibilité à la Commission et à toutes les décisions qui en sortiraient. La crédibilité qui rimerait avec notoriété serait un élément capital qui complèterait la neutralité. A titre d’exemple, une personne, un ou une patriote de l’envirgure de Madame Marguerite Barankitse aurait le profil idéal. Et vu l’importance de la Commission, nous osons croire que le Parlement sera fortement impliqué dans tout ce processus de réconciliation nationale.

2. Ampleur de la tâche

La Commision Vérité et Réconciliation aurait pour tâche d’enquêter et faire le point sur tous les crimes commis au Burundi depuis 1962. Les crimes dont il est question ici seraient ceux résultant de la violence politique. La Commission fournira sûrement ici des précisions quant à la nature des crimes en cause. Et même ces crimes politiques seraient nombreux et divers. Les massacres de 1965 seraient assez différents de ceux de 1969 et de 1988 et du génocide hutu de 1972. Et tous ces derniers seraient d’une autre nature que ceux de la guerre civile de 1993-2000. La Commission tout comme l’éventuel Tribunal Spécial sur le Burundi pourraient donc durer très longtemps et coûter très cher. Il est même possible qu’elle s’enlise à la lumière des résultats acquis par les tribunaux spéciaux sur le Rwanda et l’ancienne Yougoslavie. La proposition du CNDD de remplacer l’éventuel Tribunal Spécial sur le Burundi par la Cour Internationale de Rome pourrait être une bonne solution. Mais sur ce point, le Burundi pourrait avoir à négocier âprement avec le Conseil de Sécurité et les pays pourvoyeurs de fonds.

Dans tous les cas, pour plus d’efficacité, le Burundi gagnerait beaucoup si la Commission s’occupait d’abord des crimes les plus anciens pour ensuite évoluer lentement vers les plus récents. Le présent est toujours le fruit du passé, et pour comprendre cette guerre civile (1993-2000) il faut avoir une connaissance profonde, éclairée de tous les massacres qui ont eu lieu depuis 1961. Et puis les témoins de tous ces vieux crimes croulent sous le poids de l’âge et pourraient disparaître dans l’au-delà avec leurs précieuses informations.

Conclusion

Les partis d’opposition ont une mission très importante. Ils auraient la tâche de fixer la barre très haute en ce qui concerne la définition du mandat et du profil du président de la commission et la qualité des résultats à atteindre. Si le Burundi se fie seulement à Pierre Nkurunziza et à Radjabu, il risque beaucoup de déchanter. Du reste dans une véritable démocratie, la performance du gouvernement est fonction de la force de l’opposition.


Patrice Ndeta

Copyright a www.amayagwa.com