Nous ne capitulerons jamais! (Winston Churchill) |
Oui! La mauvaise gouvernance, l'ignorance et la pauvreté ne sont pas une fatalité. Nous pouvons les vaincre. |
Mis en ligne le 16 Juin, 2011 |
Qu’en est-il de la Régideso? |
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Le problème de la Régideso (Régie de la Production et de la Distribution d’Eau et d’Électricité) du Burundi date de très longtemps. Il est donc censé être connu de tous les acteurs burundais. La récente décision du gouvernement burundais d’accroître les prix de vente de l’eau et d’électricité a suscité un grand tollé du public. Certes, la décision a été rapidement suspendue, mais tout cela a été une grande indication quant à l’ignorance du public en ce qui a trait aux industries énergétique et alimentaire. Depuis plusieurs années, plusieurs Burundais se plaignaient et se plaignent toujours de la pénurie d’eau potable et d’électricité. La semaine passée, les cris du public ont été plus forts et ont même frôlé la révolte. Mais ces cris provenaient, à notre avis, beaucoup plus de la ville que |
de la campagne. Surtout les demandes d’électricité étaient plus pressantes et plus anciennes que celles d’eau potable. Elles provenaient surtout des habitants de la ville, alors que celles d’eau potable étaient largement partagées par l’ensemble de la population du pays. C’est dire que nous sommes en face de deux marchés différents et même de deux industries distinctes. Il y a le marché de l’électricité qui s’adresse et appartient à l’industrie énergétique. Il y a ensuite le marché d’eau potable qui appartiendrait à l’industrie alimentaire. Les infrastructures et les équipements requis pour la production des deux bien et service sont aussi complètement différents. Seulement, au Burundi, ces deux marchés sont servis par une même entreprise, la Régideso, qui est, jusqu’aujourd’hui, un monopole public et qui fait 70 % de son revenu par ses ventes d'électricité.Une autre ignorance étrange de la part du public est l’état des lieux des deux industries, et donc aussi de la Régideso. Les infrastructures des deux industries seraient très vieilles. Les journalistes le savent et le savaient et n’ont apparemment rien dit à la population. Pire, ils n’ont pas fait appel ni aux experts nationaux, ni aux dirigeants de partis d’opposition pour fournir un certain éclairage à la population. Nous avons déjà couvert ce sujet, du moins en ce qui concerne le marché de l’électricité. Mais la Pana et la Banque Mondiale ont fourni de plus amples informations. Le Burundi compte aujourd’hui plus de 8 millions de personnes alors qu’en 1980, date de la construction des barrages de Rwegura et Mugere, les Burundais n’étaient qu’au nombre de 4 millions. Selon la Banque Mondiale, l’agglomération urbaine de Bujumbura est faite de 800 000 personnes. En 1980, elle était habitée par moins 200 000 âmes. Ces chiffres qui datent de 2008 veulent aussi que le Burundi produise 30.9 MW alors qu’il a besoin d’au moins 55 MW. En ce qui concerne l’approvisionnement en eau potable, des aides ont été fournies par la coopération bilatérale et multilatérale, en particulier aux populations rurales et aux populations urbaines pauvres. Mais les nouvelles infrastructures ont et auront besoin d’être maintenues en bon état, ce qui coûtera une bonne somme d'argent. Et puis toutes les sources sont unanimes, la Régideso est très mal gérée. Elle était (et est toujours) en réalité en faillite. Elle ne comptait quasiment que de mauvais clients. En 2008, les comptes en souffrance totalisaient 19 millions de $us. Parmi les mauvais clients, il y avait l’état burundais, les municipalités et les entreprises para-étatiques qui devaient 11.5 millions de $us à la compagnie. De ces 11.5 millions de $us, le Cotebu devait payer 4 millions de $us, le ministère de la défense, 3 millions de $us. La compagnie para-étatique n’avait quasiment que de mauvais clients. Elle était aussi elle-même une mauvaise cliente de ses fournisseurs. Elle devait, en 2008, 30 mois d’arriérés à son fournisseur Sinelac (ou Ruzizi 2). Comme ses clients ne payaient pas, elle non plus ne payait pas à ses fournisseurs. On peut imaginer le scénario de la coupure d’approvisionnement par Sinelac. La pénurie d’électricité deviendrait plus grave. Et puis, semble-t-il, le gouvernement congolais ressemble au gouvernement burundais. Il est un bon consommateur, mais un mauvais payeur. Rusizi 1 et Rusizi 2 pourraient faire faillite et le problème deviendrait régional. Enfin, il y a les projets. Par exemple, la mise à niveau prévue des barrages existants et la construction projetée des seuls barrages de Kabulantwa et Mpanda pourraient satisfaire la demande. Mais le financement de cet investissement serait très difficile à réaliser. La Banque Mondiale semble douter de la faisabilité du projet de privatisation de la Régideso. Elle n’a fourni aucune explication formelle, mais, à notre avis, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Les investisseurs exigeraient des garantis de paiement de la part du gouvernement burundais qui consomme beaucoup mais ne paie jamais ses factures. Reste à savoir ce que ferait l’opposition, si elle était portée au pouvoir. Faudrait-il privatiaser la compagnie? Sinon, comment l'état pourait-il financer la construction de nouvelles infrastructures? Ne serait-il pas plus logique et plus efficace de scinder la compagnie en deux? C'est autant de questions pertinentes auxquelles les analystes et les politiciens devraient répondre. La mesure d’augmentation des prix d’électricité et d’eau a été suspendue. Mais les problèmes de la Régideso demeurent. Les actifs sont toujours très vieux, inadaptés et les clients sont insolvables. La production est insuffisante et le financement de la construction de nouvelles infrastructures est loin d’être acquis. La compagnie a besoin de recouvrer son argent, mais elle doit aussi avoir des tarifs qui permettraient la rentabilité. Elle aurait aussi besoin d’une équipe aussi efficace que celle qui dirige la Sosumo (Société Sucrière du Moso). Mais, dans ce domaine, le point de vue de partis politiques d’opposition serait d’une grande utilité. Sources: worlbank.org, isslerhall.org, usaid.gov La rédaction Copyright @ www.amayagwa.com |