Le port de Rumonge, situé dans la commune de Rumonge, à 73 km de la ville de Bujumbura, sur la rive du lac Tanganyika, est le 2ème port du pays en importance, en terme de trafic commercial. Mais il demeure le parent pauvre de son congénère, le port de Bujumbura.
Le port de Rumonge n'a jamais bénéficié d'investissement, ni en équipements et ni en infrastructures modernes. Il n’y a ni grues, ni élévateurs, ni quais pour le déchargement. Tout se fait à mains nues, comme pendant la belle époque coloniale. Mais le port occupe un emplacement stratégique car il est tout proche du port de Kigoma, en Tanzanie. Cela lui permet drainer beaucoup de marchandises qui arrivent à bord de gros bateau en bois propulsés par des moteurs. Les matelas, le sel, la farine, le carburant et autres produits venant de Tanzanie et transitant par-là se chiffrent en plusieurs centaines de millions de nos francs. Le débarquement se fait deux fois par semaine et le port est doté d’un poste de services de Douane. Seulement les usagers de ce port ont longtemps murmuré de colère et maintenant ils protestent à haute voix contre le dysfonctionnement des services de la Douane. Pour eux, les tarifs de dédouanement sont perçus dans l’illégalité totale. Personne ne sait le niveau de tarif pour tel produit ou telle autre marchandise. Le tarif est plutôt fonction de l'identité du propriétaire des marchandises et la capacité de cet usager à corrompre les douaniers.
Avant, tout le monde consentait à soudoyer. Les importateurs, soucieux de la sortie de leurs marchandises dans les meilleurs délais et à peu d’argent, acceptaient d’engraisser la patte des douaniers qui s’empressaient de s’exécuter. La situation n’a guère changé depuis. Mais aujourd'hui, certaines voix commencent à s’élever pour réclamer plus de transparence dans ces pratiques. Ce n’est plus tout le monde qui accepte de recourir à ce petit jeu et un bon nombre de personnes réclament l’application de tarifs précis et connus de tout le monde. Il faut dire que cette situation et entretenue par le fait que beaucoup de ces commerçants importateurs savent à peine lire et écrire. Ils se perdent complètement quand il s’agit de la paperasserie administrative. Cela fait le jeu de ces douaniers peu scrupuleux qui en profitent pour remplir leurs poches. De toute façon, le montant payé par le commerçant est vite répercuté sur le prix de vente des marchandises.
Ce qui est plus grave est qu’actuellement, avec le système de rapatriement des réfugies burundais de Tanzanie, les douaniers, toujours plus ingénieux, font passer les commerçants fraudeurs pour des rapatriés parce que ces derniers ne paient pas de taxes sur les biens qu’ils apportent avec eux. Ainsi, à la fin de chaque journée, le douanier rentre à la maison la poche pleine, alors que l’Etat garde ses caisses constamment vides.
Le port de Rumonge a un urgent besoin d’une cure d’assainissement. La priorité devrait être donnée à l’équipement pour que le port ressemble, au moins un peu, à celui de Bujumbura. L’autre besoin, qui irait de pair avec le premier, serait la bonne gouvernance. L’Etat et les citoyens perdent beaucoup d’argent dans ce système de corruption. L’argent perdu aurait déjà permis, depuis longtemps, de financer cette opération de modernisation.
La rédaction
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