Des son arrivée au pouvoir en 2005, le CNDD-FDD a réinstauré les travaux communautaires, de triste mémoire de la dictature militaire. Ces travaux communautaires ou travaux d’intérêts publics sont pratiqués chaque samedi dans l’avant-midi. La version officielle veut que ces travaux aient l’objectif d’encadrer la population dans son développement économique, social, culturel, etc.. Chaque matin du samedi, la population vaque au nettoyage des quartiers, à l’enlèvements d’immondice, au reboisement, à la construction de salles de classe, à la réhabilitation de Centres de Santé, etc... Le travail est obligatoire et non-rémunéré.
Au début, cette politique a été acceptée avec enthousiasme. La population a répondu très nombreuse à l’appel et a travaillé chaque fois avec zèle. Mais après plusieurs mois, la lassitude et même la grogne se sont installées. Par exemple, dans la ville de Bujumbura, des monceaux de déchets domestiques sont devenus de plus en plus nombreux et gros aux différents coins de rue. A l'intérieur du pays, les travaux ont continué, mais à force de pression par les autorités politiques et administratives. Le Chef de l’Etat effectue plusieurs descentes sur le terrain pour prêter main forte aux autorités administratives dans le but de maintenir la pression sur la population.
Il y a eu des effets positifs indéniables. De grands espaces ont été reboisés, des écoles et des hôpitaux ont été réhabilités. L’unité nationale a été stimulée dans la mesure où Hutu, Tutsi, Twa, cadres instruits, citoyens ordinaires, riches et pauvres travaillent ensemble pour un objectif commun. Mais par la suite, les détournements de fonds publics, les arrestations arbitraires et les massacres sommaires ont découragé la population. C’est ainsi que la grève de zèle, puis la résistance populaire sont intervenues et devenues solides. Les citoyens se sont mis à percevoir, à juste titre, ces travaux communautaires comme des travaux forcés et ont osé se plaindre à haute et intelligible voix. Selon ces citoyens, ces travaux communautaires sont “une forme moderne d'esclavagisme” qui violerait la Convention Internationale du Travail. A en croire ces mêmes citoyens, à chaque travail correspond un salaire. Et en effet, le financement de ces travaux aurait pu stimuler l’économie. A cette résistance, le pouvoir a répliqué par plus de pression et de sanctions. Par exemple, un citoyen qui demande un document administratif à son bureau communal risque de rentrer bredouille s’il n’a pas été régulièrement visible aux travaux communautaires.
Quant aux partis politiques, ils n’acceptent pas que les autorités locales transforment ces activités en occasions de propagande aux allures de parti unique comme au vieux temps de Parti-Etat. L'Administrateur communal ou le Député présent, toujours membre du CNDD-FDD, en profite pour improviser un discours politique ou donner des consignes à ses co-partisans. Mais ce qui est plus inquiétant encore et qui a sûrement des conséquences économiques, c'est que chaque samedi, la vie est paralysée jusqu'au moins à 10h30 AM. Aucune activité économique n'est autorisée. Le Centre-Ville est désert, il y a interdiction totale de circuler, les magasins, les bus, le marché central, tout est fermé pendant tout ce temps. Beaucoup de personnes ont même raté leur avion parce qu'elles devaient exhiber leur autorisation spéciale (d’être absent aux travaux communautaires) à chaque barrage de la police. Un grand nombre de voix réclame la suppression de ces travaux communautaires, ou tout au moins leur réorganisation dans le sens du respect de la liberté individuelle ou des droits économiques du citoyen.
La rédaction
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