Les employés de l’état qui constituent presque l’ensemble des salariés du Burundi sont constamment en grève. En soi, ces grèves sont un signe d’une bonne santé de la démocratie dans la mesure où elles sont une occasion d’expression. Et avec les échéance électorales si proches, il y a lieu de se demander si la stratégies des uns et des autres est efficace. Actuellement les médecins sont grève pour des revendications exclusivement salariales. Seulement auront-ils gain de cause et, si oui, à quel prix?
Le tableau ci-dessous est assez éloquent quant à la capacité de payer du pouvoir burundais. Et rien n’est nouveau, la situation de l’insolvabilité du Burundi date de longtemps.
Budget national en % du PIB
2007 2008 2009
Revenu (dons exclus) 18.6 19.1 19.3
Dépenses(prêts inclus) 38.5 44.8 44.6
N.B. Les chiffres de 2009 sont des projections.
Le gouvernement n’a pas du tout d’argent pour satisfaire les différentes revendications syndicales. Par exemple, le budget de 2008 a été finalement bouclé avec un déficit de 10.5 % du revenu de l’état, grâce aux dons de la communauté internationale. Sinon le déficit aurait été de plus de 45 %. Ceux qui déclenchent leurs grèves parient, apparemment, sur ce soutien de la communauté internationale. Seulement les accords avec les bailleurs de fonds et les donateurs se négocient souvent à très court terme, alors que les augmentations sont accordées presque à vie.
Le gouvernement a déjà accordé des augmentations de salaires à tous ses employés. Mais il en a accordé un peu plus à certains qu’à d’autres. Par exemple, pour accroître les chances d’avoir une paix durable, la priorité a été accordé aux militaires. Nous croyons que beaucoup de Burundais ont soutenu cette décision. Pour réduire la corruption rampante qui gangrène les institutions publiques, une catégorie de salariés du ministère de la justice a bénéficié d’un statut spécial en terme de salaire. Le problème pour le gouvernement et pour le pays , c’est que tous les salariés du secteur public veulent, avec raison, être logés à la même enseigne. Le même gouvernement a aussi une autre problème qui est celui d’avoir les moyens de sa politique. La communauté internationale n’est pas toujours prête à soutenir toutes les caprices des Burundais. En guise de réponse, le pouvoir burundais a toujours résolu ses problèmes en en créant d’autres. Par exemple, il a toujours crée de l’inflation pour financer les revendications de ses salariés.
Taux d’inflation et de croissance de l’offre de monnaie en %
2007 2008
Taux d’inflation 14.7 22.0
Taux de croissance de l’offre de monnaie (M2) 10.1 20.0
Les travailleurs protestent avec raison car leur revenu est grignoté chaque année par l’inflation. Comme les chiffres nous l’indiquent, pour l’année passée, cette inflation a été essentiellement causée par la “planche à billets”. Cela veut dire que le gouvernement a financé ses politiques en accroissant la masse monétaire. Et ainsi, il a crée de l’inflation. Les augmentations accordées n’ont été, en réalité, qu’un leurre, comme un médecin qui soignerait ses malades par un placebo. Les médecins aujourd’hui en grève risquent d’avoir la même médecine. Et il est difficile de l’anticiper car chaque année, l’inflation réalisée dépasse de loin celle programmée. Un autre problème est celui de l’attention que le pouvoir accorde aux problèmes de santé publique. Les médecins et les infirmiers ont encore du travail à faire pour se faire entendre car, apparemment, la santé publique n’est pas la priorité du gouvernement.
Exécutions des dépenses budgétaires en % des dépenses budgétaires totales
2006 2007
Agriculture 6.4 4.6
Santé Publique 5.4 5.5
Sécurité Publique 8.9 9.5
Affaire économiques 12.3 12.9
Défense nationale 19.5 14.7
Enseignement 17.7 17.1
La répartition des budgets disponibles montrent que la santé publique est un des derniers soucis du gouvernement. Cela nous fait dire que même le placebo pourrait ne pas être disponible pour nos médecins. Nous croyons, bien entendu, que les professionnels de la santé méritent une bonne rémunération et même un statut spécial. Il n’y aura pas de bons soins de santé à la population sans médecins. Mais les grévistes actuels ont besoin d’une bonne stratégie pour avoir quelques chances de se faire entendre. Une bonne santé publique est un entrant (input) dans la production nationale. Si les citoyens sont en bonne santé, ils travaillent beaucoup et cela se retrouve dans les chiffres du PIB. Seulement, il revient aux professionnels de la santé de faire comprendre cela aux décideurs burundais et étrangers.
Production nationale
2007 2008
PIB(nominal) 1060 1379
Croissance du PIB nominal ----- 30 %
Croissance du PIB réel 3.6 % 4.5 %
N.B. PIB nominal en milliards de FBU courants.
Les Burundais ont travaillé très fort l’année passée. Et comme résultat, leur production s’est accrue de 30 %. Seulement, le gouvernement, pour satisfaire les revendications de l’élite, a crée une forte inflation qui a fait fondre tous les gains acquis par la population. A cause de cette inflation, les économies réalisées se sont volatilisées, les prix des entrants dans la production et ceux de plusieurs produits de grande nécessité se sont fortement accrus. Et ce qui est plus grave, avec un niveau si élevé d’inflation, il sera difficile d’attirer des investisseurs étrangers dans le pays.
Nous croyons que les médecins utilisent des moyens trop draconiens. Ils mettent plus d’accent sur la dissuasion que sur la persuasion. Ils cherchent des solutions à court terme alors que le meilleur remède se trouve dans le long terme. Par exemple, une grève d’un jour ou deux par mois serait plus appropriée. Une manifestation au siège de leur ministère et du parlement serait plus efficace. Une rencontre avec un représentant de l’une ou l’autre organisation internationale produirait de meilleurs résultats. L’objectif serait de garder le soutien de la population et d’accroître l’attention des autorités envers la question de la santé publique. Ce faisant, ils auraient plus de chances non seulement de recevoir de meilleurs salaires, mais ils pourraient avoir aussi de meilleures conditions de travail et, par ricochet, créer un meilleur environnement pour la santé de leurs patients. Avec l’approche des élections générales, plutôt que s’isoler, tous les professionnels de la santé seraient plus efficaces en se mêlant aux autres professionnels et tous les citoyens pour faire élire les meilleures personnes au parlement et un meilleur gouvernement. Par exemple, il est impératif que “la planche à billets” soit jetée aux oubliettes.
Sources des données: www.brb.bi; www.imf.org
La rédaction
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