Nous ne capitulerons jamais! (Winston Churchill)

Oui! La mauvaise gouvernance, l'ignorance et la pauvreté ne sont pas une fatalité. Nous pouvons les vaincre.

Mis en ligne le 10 Juin 2010
Par Patrice Ndeta

Pouvoir et opposition: la guerre n’aura pas lieu

Une forte tension entre le pouvoir et l’ensemble des forces politiques du pays s’est créée et semble s’amplifier rapidement. Le pouvoir, représenté par le parti Cndd-fdd, tient absolument à faire ses élections alors que presque tous les autres partis politiques sont plutôt décidés à les boycotter.

La cause de la tension se situe au niveau des résultats des élections communales. Le parti présidentiel prétend avoir gagné haut la main ces élections alors que l’opposition fait

état de fraudes massives et de l’incompétence de la Ceni (commission électorale nationale indépendante). En cas pareil, dans un système démocratique, c’est la presse qui donne ou essaie de donner l’heure juste. Apparemment, cela n’a pas été le cas. Les journalistes n’ont rien vu ni rien entendu. Ils n’ont même pu faire témoigner, à voix et visage maquillés, différents mandataires, observateurs et policiers qui ont été au coeur de l’action. Pire, ils ne veulent même pas faire l’analyse de la situation conflictuelle actuelle. En face de la propagande de différents politiciens, le journaliste a le devoir d’offrir à la population une autre version et lecture des faits.

Nous nous risquons donc à procéder à l’exercice, étant convaincu que la population est assez mûre pour savoir que ni nous ni personne n’a la vérité révélée. Mais par contre, la somme des opinions et analyses des uns et des autres peut détendre l’atmosphère. Notre thèse dans ce débat est que, dans l’état actuel du conflit politique, la guerre ouverte n’aura pas lieu.

Pierre Nkurunziza et son parti ont un seul objectif qui est celui de faire les élections présidentielles et législatives. Pour cela, ils vont user de la dissuasion. Ils vont utiliser le déséquilibre de la terreur qui semble jouer en leur faveur. Pour ce faire, ils vont déployer beaucoup de policiers partout. Ils pourraient même faire appel à l’armée. L’objectif est celui de faire un bon "show" pour les observateurs internationaux en alignant beaucoup de personnes devant les bureaux de votes le jour des élections. Le résultat du vote et le taux de participation sont connus d’avance. La Ceni s’en occupera, comme elle l’a si bien fait lors des communales. Le parti présidentiel n’a donc aucun intérêt à procéder au massacre.

Si l’opposition demeure dans la légalité qui est celle de parler et de se promener dans la rue, la paix sera sauvegardée, au moins à court terme. Seulement si elle décidait de se donner les moyens de ses ambitions et de sortir de la légalité, en ce cas, la guerre ouverte commencerait. Mais l’ADC (Alliance des démocrates pour le changement ) - Ikibiri est une organisation qui n’a pas et peut-être n’aura jamais d'existence légale. Elle est aussi un groupe hétérogène de personnes d’expérience et d'horizons très divers et aux ambitions personnelles assez élevées. Ses membres ne pourront pas s’entendre pour une politique cohérente et opportune. Par exemple, ils auraient intérêt à passer à l’offensive pour empêcher la tenue des élections. Ni Pierre Nkurunziza, ni la Communauté Internationale ne croiraient actuellement, à tort ou à raison, à ce scénario.

Au lendemain des élections, le parti présidentiel sera omnipotent, il fera tout ce qu’il voudra. L’opposition politique et même la liberté de presse pourraient être réduites à la portion congrue. Et cela pour longtemps car en 2015, Pierre Nkurunziza pourra rééditer son exploit de cette année.

Tout le monde nous aura compris. Nous n’avons retenu que le scénario optimiste. Si un des membres de l’opposition actuelle ou tout groupe décidait de passer à l’action avec des moyens violents, ce serait le retour à la guerre civile. Cela est un risque réel. Si cela se passe pendant la période électorale, ce serait la fin de l’ADC. Et Pierre Nkurunziza pourrait en profiter pour passer à l’arrestation, emprisonnement et même au massacre d'une bonne partie de l’opposition. Les libérations massives récentes de prisonniers auraient pour but, entre autres, de faire de la place pour de nouvelles personnes dans les institutions carcérales. Ceux qui ont fait allusion au monde soviétique, ils auraient l’occasion de le dire. Mais à notre humble avis, ce scénario de catastrophe n’est pas plausible à court terme. Par contre à moyen et longue terme, le risque du retour à la guerre civile est possible mais il sera à évaluer à la lumière de la personnalité des dirigeants de l'opposition future.


La rédaction


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